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Tuesday, April 8, 2014

Petites anecdotes de professeur

Ça y’est ! Me revoilà face à ma plume électronique pour vous raconter mes dernières aventures après plus d’un mois et demi sans connexion... Eh oui ! Monsieur Ordinateur a décidé de griller pour me montrer que d’endurer 1 an de chaleur et de poussière burkinabè, et bien ca suffit ! Heureusement que je suis bien entourée et qu’ici, tout est possible ! Merci Parfait !

Aujourd’hui, je donne une rédaction en classe aux élèves de 5ème et CAP1 :

Writting test : Write 10 questions you would ask to your favorite star (soccer player, singer, musician, comedian, etc.). Je demande aux élèves de me traduire la consigne, et, arrivés au terme “musician”, un élève, à fond, lève la main: “madame, madame!! Moi, moi !! C’est « mécanicien » !! ». Fou rire général, je ne peux m’empêcher non plus : « bien, Ismaël ! Ta star préférée est donc un mécanicien ? Pas de problème, ecris-lui donc 10 questions ! ».

Rachid et Amza, deux jumeaux dans ma classe de 6ème, se disputent à longueur de temps. Un jour, c’est l’apocalypse. Ils en viennent aux mains au début de mon cours. D’autres élèves en profitent pour eux-même perturber le début de mon cours. J’entre dans la classe, et, impatiente aujourd’hui et n’ayant pas envie de faire la bagarre, je sors mon cahier et distribue les moins, tout en séparant les deux loustiques. Un silence total règne enfin. Là, pendant que j’écris au tableau, un bruit assourdissant réveille toute la classe : Amza, que j’ai mis au fond et qui ne peut s’arrêter de gesticuler dans tous les sens, s’est retrouvé enseveli sous les tables et les chaises qui étaient empilées dans le fond de la classe. Il a tellement peur de ma réaction, qu’il fait comme si de rien était, sous 4 tables et 10 chaises. Un spectacle ! J’ordonne aux autres de le sortir de là, et finalement, on arrive tant bien que mal à le faire sortir. Il se souviendra de ce jour !

Classe de 5ème. Le calme règne enfin, malgré le bruit de la circulation sur la voie rouge sur laquelle donne ma classe (qui, bien sûr, n’a pas de vitres !) et le vacarme ambiant des autres classes et de la cour à travers la porte en ferraille (cassée) qui relie la salle au reste de l’établissement. D’un coup, une de mes élèves les plus calmes, Faouzia, se jète littéralement sur Evrad, un élève des plus turbulents et insolents. Elle hurle à faire trembler les murs et l’autre peine à se défendre. J’interviens donc, me mets au milieu (prends quelques coups par la même occasion) et lorsque tout se calme, je demande à Faouzia, en larmes, qui a fini par mordre l’intéressé, ce qu’il s’est passé. « Il m’a frappée parce que j’ai fait tomber mon stylo ! » me dit-elle. Je me tourne vers Evrad qui dit : « Ben oui, Madame, elle ne doit pas faire tomber son stylo, donc je la corrige ! » ... Mmmmm ... Il reste beaucoup de boulot !

Quelques réponses en vrac à mes questions de français en 6ème et AP:
« L'obscurité c’est quelqu’un d'obstiné. »
« Un philosophe c’est quelqu'un qui raconte des histoires qui ne sont pas vraies et qui ne croit pas en la religion. »
« Un aviateur c’est un dessinateur. » (Logique, on fait Le Petit Prince !)

Après la lecture d’un texte, lorsqu’ils demandent le vocabulaire : « Mozart, c'est une marque de vêtements madame? »

A ma question, qu’est-ce-que la politique ? :
« La politique c’est des gens qui parlent pour se faire élire. Ils essaient de convaincre les gens pour gagner. »
« C’est des gens qui se réunissent. »
« La politique c'est l'argent. »

Je demande : « C'est quoi un fauve? » Christian répond : «Un marigouya! »
« Une cravate c’est un truc pour se rendre beau pour aller travailler au bureau. » « Non ! Une cravate c’est pour aller au mariage ou aux funérailles ! »

Et j’en passe et des meilleures ! Il me faudrait tenir un carnet quotidien pour noter tout ce qu’il se passe ... Un spectacle quotidien ! Malheureusement le temps me manque et je regrette de ne pouvoir le faire mieux que cela.

Bref, voilà déjà deux trimestres que j’enseigne en tant que professeur vacataire au même titre que les professeurs burkinabè. Il est très difficile de faire un retour sur soi lorsqu’on vit un quotidien et qu’on y prend de nouveaux repères, de nouvelles habitudes. Il faut à chaque fois tenter de prendre des distances pour analyser et se rendre compte de ses particularités et de tout ce qu’il y a à en dire.

Être professeur n’est jamais de tout repos, et lorsque des questions d’interculturalité entrent en compte, cela n’arrange pas l’affaire ! Une chose frappante est le rapport à l’autorité qu’il y a entre les plus jeunes et les professeurs. Comme je le raconte dans l’un de mes articles précédents, le rapport aux plus vieux, aux « coro » (grands frères) et aux « nikiéma » (vieux) est très différent de chez nous. Ici, il est normal qu’un « petit » aille payer les cigarettes, les sachets d’eau, ou fasse des courses pour les plus grands, qu’ils soient de la famille ou qu’ils soient des inconnus. Il est très difficile pour nous, occidentaux, de se prêter au jeu et d’envoyer les petits faire nos courses. Ils ne doivent rien dire et exécuter, par respect pour le plus âgé, en espérant secrètement devenir grand un jour et bénéficier des mêmes avantages. La parole des vieux est elle aussi toujours celle qui primera sur toutes les autres. C’est une très bonne chose, sauf lorsque le vieux raconte des bêtises que les autres commettront par respect.  Le rapport entre professeurs et élèves est le même, sauf ... lorsque l’enseignante est une femme... 
Ce n’est pas quelque chose de dit, mais après plusieurs mois d’enseignement, je suis frappée par cela. Déjà, les élèves ont tendance à nous appeler « Monsieur » par habitude de n’avoir que des professeurs masculins, et ce, même après 6 mois ! 
Ensuite, au niveau de la discipline en classe, le travail pour se faire respecter et avoir la paix est beaucoup plus long et difficile pour une femme que pour un homme, principalement (de mon analyse), par rapport à sa place dans la société. La femme est celle qui reste à la maison dès qu’un enfant vient au monde (même si les mentalités changent doucement), et celle qui se doit coûte que coûte respecter son mari, l’Homme de la maison, quitte à ne pas donner son avis et se taire. Les enfants assistent quotidiennement à ce type de relations et de comportements et ont donc (surtout les garçons), une approche de la femme différente de celle des hommes : on peut se permettre plus, voire reproduire ce que papa fait à la maison ! Le chemin pour obtenir les mêmes résultats que nos collègues masculins est donc davantage plus long, mais cela donne aussi la niak et l’envie de se surpasser.

Il m’a fallu aussi beaucoup de temps pour arriver à me caler sur le profil de mes élèves d’un point de vue culturel au travers de mes cours. Au début, on pense que certaines choses coulent de source, mais au fil des cours et des questions, on se rend compte du fossé culturel qui nous sépare. Expliquer du vocabulaire de base, des expressions usuelles chez nous qui sont totalement inconnues ici, utiliser leur vocabulaire et leur contexte pour leur expliquer les choses. C’est un exercice nécessitant beaucoup de ressources pour ne pas perdre le fil, et surtout beaucoup d’écoute pour apprendre et ne pas refaire le mêmes erreurs si l’on en commet. 
Tout le monde devient donc élève, moi comme eux. C’est une expérience fascinante et incroyablement enrichissante, qui pousse et repousse et repousse plus encore mes limites, remettant chaque fois mes acquis en question et mes compétences à l’épreuve.


Suite au prochain épisode, promis dans peu de temps ! (je poste maintenant, de peur que la Sonabel ne coupe à nouveau le courant et m’empêche de donner des nouvelles !)


A très vite, et « Vous sortez si vous n’avez pas de tenue ! »

Friday, January 17, 2014

Noël et Nouvel An burkinabé, les fêtes au pays des hommes intègres

Un petit petit article pour vous raconter un Noël et un Réveillon 2013 au Burkina.


Premier élément : il fait chaud ! Eheheh ! Un Noël sous la chaleur (même si les nuits sont fraîches), c’est tout de suite un Nöel pas comme les autres pour une occidentale. 
Sinon, ici, le 24 n’est pas le jour le plus important. C’est essentiellement le 25, voire le 26. Nous avions tout de même organisé un petit barbecue accompagné de crêpes (oui oui ! on a dégoté de la farine, des œufs, du lait et une poêle !), et de crumbles aux bananes cuits à la poêle, car ici les fours sont réservés à une certaine catégorie de la population. 

Alice, la nouvelle stagiaire, avait même ramené du Pastis de Marseille dans ses bagages, que nous avons siroté pendant la préparation du repas. Un super festin, accompagné d’alocos ( sortes de bananes frites comme les frites) et de frites avec un bon morceau de boeuf, du poisson et des crudités. De quoi bien se remplir la panse !

Le lendemain, 25 décembre, c’est le jour où l’on fait le tour des familles et des amis. Une longue balade gustative à travers toute la ville : j’ai dû faire pas loin de 8 cours où à chaque fois, nous avions droit à boire et à manger. Il faut tenir le rythme, et c’est pas si facile !
Le soir, ca continue ! Nous sommes sortis boire des Brakinas (bière locale), puis nous sommes allés ennuyé Seni, qui travaille toute la nuit dans un casino, pour rentrer enfin à la maison aux alentours de 4h du matin. Quelle épopée !

Et attention, il ne reste ensuite que 5/6 jours pour récupérer de l’espace stomacal avant de recommencer cette danse des plats. Ce n’est pas si éloigné de chez nous au final ! Pas de chocolats, de boules de neige ou de foie gras, mais du riz, des alocos, frites, crudités, du poisson, de la viande (boeuf, mouton ou poulet), du maïs soufflé (salé) et des gâteaux frits (petites boules de pâte sucrées qui sont plongées dans l’huile) qui ne se trouvent qu’à cette période.

Ces moments sont vraiment des instants de partage. La famille t’ouvre sa porte et t’offre à manger, chacun prenant le temps de s’arrêter un instant pour échanger. On se sent toujours à l’aise. Jamais de mises à l’écart, de regards biaiseux. 

Est-ce parce que je commence à m’acculturer au point de ne plus le remarquer ? En tout cas, je me sens comme à la maison, pourtant physiquement si loin.

Passer les fêtes loin des siens n’est pas toujours facile, on aimerait qu’ils soient là. Mais ici, ces moments n’ont pas amené la nostalgie qu’ils pourraient entraîner. Je me suis simplement sentie entourée, choyée, écoutée, dans chaque cour que j’ai pu visiter.

Nous avons fini dans la « grande famille » (c’est-à-dire la cour où vit la plus grande partie de la famille) de Nadège, ma meilleure amie burkinabé, à papoter gaiement sur des tabourets autour d’un plat de friandises (ces petits gâteaux et le maïs soufflé).

Le Nouvel An est aussi un moment très festif ! Le 31 au soir, les amis sortent ensemble pour aller boire et manger, et le 1er est réservé à la famille et au tour (à nouveau) des différentes cours.
Pour le 31, la soirée s’est déroulée chez des amis de Paspanga (un quartier de Ouaga) qui ont transformé leur cour en piste de danse (le salon d’une des maisons) et en lieu de réception : des canapés et des chaises ainsi que toutes les tables des voisins et des caisses de Brakina formaient des coins où chaque groupe d’ami pouvait s’asseoir et discuter tranquillement au son de la musique reggae, traditionnelle ou encore coupé-décalée.
A l’heure dite, nous avons pris la moto avec Nadège et Alice pour aller faire la surprise à Seni (qui, vous le comprendrez, représente beaucoup pour moi ;-) )et Urbain qui travaillaient une fois de plus ce jour là.
Bonne Année !! Que 2014 soit meilleure que 2013, tout le meilleur, santé, prospérité et bonheur. Que du positif, sauf le virus du Sida ! (Oui, oui, c’est comme ça qu’ils le disent !)

Le lendemain, journée à moto, entourés des amis burkinabé pour faire le tour de la ville à nouveau. Pas moins de 6/8 cours. Nous sommes même passés chez le maire de Ouagadougou ! (chut !)
C’est à 10 motos que nous nous déplacions, faisant remuer la poussière, klaxonnant et riant. 
Un super bon moment entre potes qui fait oublier tous les soucis et rappelle pourquoi nous sommes ensemble, tous, ici et maintenant. On verra de quoi demain est fait, mais aujourd’hui, mangeons ! buvons ! rions ! jouons !

Après tous ces moments partagés, toutes les expériences que ce pays m’a offert, toutes ces personnes inoubliables qui ont traversé mon chemin, je ne peux que m’y sentir de plus en plus « chez moi ». Je reste citoyenne du monde, fidèle voyageuse, mais ne refuse pas de poser mes valises ici pour plus longtemps que prévu, quitte à voyager depuis Ouaga plutôt qu’un autre aéroport dans le monde. 

On ne sait jamais ce que la vie nous réserve, mais je suis très heureuse de commencer cette nouvelle année ici, intégrée dans une culture qui garde toujours une place pour l’étranger, pour la découverte, vers l’Autre, qu’il soit effrayant, attirant, étrange ou tout simplement vu comme un être humain comme les autres.

Il ne faut pas oublier : dans un pays où le niveau de vie reste l’un des plus bas au monde, même si chacun cherche à survivre, la compassion, le partage et l’ouverture continuent d’avoir leur place, même si le capitalisme, venu d’Asie ou d’Europe, tente de les effacer.

Cette année a été pour moi l’une des plus éprouvantes mais aussi des plus enrichissantes de ma vie. Et tout cela dans la chaleur, climatique et humaine, la lumière, d’esprit et solaire, et la couleur, rouge des pistes ou verte des manguiers du Burkina Faso. Merci à ce pays et tous les gens que j’y ai rencontré pour ce que vous m’avez aidé à traverser, à découvrir, à affronter cette année. 
On se voit en 2014 !


Un dimanche au monastère de Koubri

Champs de bananiers fraîchement plantés
La semaine dernière, je reçois un appel de Pauline. Pour faire court, Pauline est une fille burkinabé que j’ai eu la chance de connaître dans l’avion lors de mon « retour » en France en août. Depuis, nous avions pu correspondre seulement par mails, car elle étudie la médecine en France et que pour ma part je suis revenue à Ouagadougou.

Et là, dring dring !!! Je décroche et Ô Grand Bonheur ! La voilà au bout du fil, m’annonçant qu’elle est revenue. Nous convenons donc de nous retrouver le dimanche, pour partir rendre visite à l’une de ses vieilles amies de l’école lorsqu’elle était encore ici qui est maintenant ... Bonne sœur dans un monastère à Koubri, une ville à une trentaine de kilomètres de Ouagadougou.

Hop ! De bon matin, vers 9 :30, nous chevauchons les motos, Alice (une nouvelle stagiaire), Pauline et moi. 
Vroum vroum !! En route sur cette route toute droite fraîchement goudronnée, le vent dans les cheveux. Nous dépassons le péage, où les vendeurs nous tendent des miches de pain et des oranges, puis continuons à travers les immensités vides de part et d’autre de la route.
Soeur Isabelle et Pauline en grande discussion
Des camions, débordant de marchandises faisant deux fois leur taille et leur poids au sommet desquels sont assis, placides, des hommes tenant leur vélo. Les taxis brousse et les bus partant pour le Ghana, bondés, suivent aussi gaiement notre trajectoire.

Arrivées au croisement menant vers la brousse profonde au fin fond de laquelle se trouve le monastère, nous sortons de la ligne droite pour nous engager dans des chemins à peine tracés au cœur de la forêt qui fait de l’ombre aux familles qui rentrent de la prière en longues files indiennes, à pieds ou à vélo et qui nous hèlent au passage, surpris de voir deux blanches perdues au milieu de nulle part. 
Là où le chemin prend fin, nous nous trouvons face à un modeste monastère, duquel sortent les bonnes sœurs pour nous accueillir et nous ouvrir leurs portes. Il est maintenant 10 :30.

Papayer du potager du couvent
Comme Isabelle était occupée, nous sommes réunis par d’autres sœurs dans une salle avec une famille burkinabé qui nous intègre comme si nous faisions partie de la famille. Pour nous accueillir, un plateau rempli de pots de yaourt est posé au centre de la table : ici, au couvent de Koubri, les sœurs font elles-mêmes depuis maintenant 50 ans le yaourt qui est vendu dans toute la région. Un délice ! Lorsqu’on ouvre le pot, on arrive au fond sans même s’en rendre compte.

Après ce temps familial partagé, Sœur Isabelle vient nous accueillir et nous nous éloignons dans une petite salle pour parler en toute « intimité ». Quel phénomène cette Isabelle ! Je n’avais jamais eu à faire à une sœur si ouverte d’esprit, pleine d’humour et parlant de tout sans être outrée !
Tous les sujets y passent : politique, sexe, relations amoureuses, souvenirs du lycée, vie au couvent, culture, etc. 

La sœur se lève alors brusquement : vite vite ! Je dois sonner la cloche, c’est l’heure d’aller prier pour le repas de midi ! Elle nous laisse donc et nous nous dirigeons tranquillement vers la paroisse, perdue au milieu de cette forêt verdoyante et ombragée, avec pour seul bruit le piaillement des oiseaux dans les arbres.
Pauline en grande négociation
Au moment de passer la porte de la paroisse, je ne me sens pas très à l’aise : je ne suis pas croyante et tous les gens qui nous accompagnent sont, eux, très impliqués. Heureusement qu’il y a Alice qui est tout aussi pratiquante que moi ! Après nous être installés, les soeurs entrent une à une, en faisant le signe de croix, puis s’agenouillent à terre pour prier le front sur le sol. C’est un étrange tableau qui nous fait face, mais nous ne perdons pas notre sérieux pour autant. 

Enfin, trois sœurs entrent, armées de leurs Coras (instruments de musique traditionnels burkinabé qui ont la forme d’une guitare mais se jouent de face et dont le corps est en fait une calebasse). C’est incroyable de voir cet instrument au sein d’une église. Je suis stupéfaite mais heureuse que traditions et religions puissent parfois se retrouver dans ce genre de détails.

La prière commence alors et nous ouvrons tous nos petits livres où un marque-page a soigneusement été inséré à la bonne page. Je suis très agréablement surprise au son du chœur des sœurs. Elles chantent super bien ! Nous avions peur de nous ennuyer, mais finalement le voyage s’avère plutôt intéressant.

Balade au potager
Après cela, nous nous dirigeons vers la salle commune accompagnées de la grande famille. Ils sont venus des quatre coins du monde pour les funérailles d’un oncle/père qui a été enterré au couvent. Ils sont 8 (ou 9), avec deux jeunes filles venues des Etats-Unis, leur oncle, une tante enceinte très bavarde, une autre très maternelle et trois enfants qui jouent, trottent et rient dans nos pattes. Certains ne se sont pas vus depuis plusieurs années et les discussions sont animées !
Il y a aussi un couple, très simple et très discret qui est assis à nos côtés.

Le repas nous est amené dans une grande marmite qui est posée sur la table au centre. Un énorme riz gras que je sers abondamment à toute notre petite communauté (ici on commence par les enfants)... Puis c’est l’heure de la sieste !

Après un bon roupillon, nous allons acheter du yaourt à la boutique : Pauline, qui s’avère être un ventre sur pattes, nous achète des pots familiaux que nous engloutissons sur les marches du couvent. 

Après cela, Isabelle vient nous chercher et nous partons pour la visite du potager... Et attention ! Ce n’est pas un potager parisien ! Ah non ! Plus de 250 hectares de rizières, manguiers, bananiers, papayers, citronniers, pommiers, etc. Et pour se faufiler à travers toute cette verdure, il faut parfois même escalader des barbelés, ce qui n’est pas une mince affaire pour une sœur en soutane. 
Après avoir soulevé un tronc d’arbre pour nous libérer le passage, elle nous dit d’escalader, puis de continuer sans nous retourner : 
« En tant que sœur, je ne peux tout de même pas vous montrer mes sous-vêtements ! ». 
Quelle crise de fou rire !

Durant toute l’après-midi, les deux filles (Isabelle et Pauline) nous racontent leur rencontre durant leurs études dans un établissement pour les sœurs, puis en médecine, avant que l’une décide de prendre le voile et l’autre décide de se marier avec le « plus beau garçon de sa classe ». «Tu aurais dû attendre » dit Isabelle « Les hommes sont trop imprévisibles ! », « Oui, mais c’était quand même le plus beau de la classe, comment je pouvais faire ? » lui répond Pauline (elle vient de se séparer de ce même garçon, avec qui elle a eu un petit garçon). 
A certains moments, elles nous laissent prendre de l’avance pour papoter en secret, s’excusant ensuite. Isabelle va même jusqu’à nous dire qu’il n’est pas du tout facile de tenir le vœu de chasteté, même si elle ne pourrait jamais passer le pas ! Ahahahahah !
Le potager

L’après-midi touche déjà à sa fin, et le soleil commence à saluer le monde pour aller se coucher. Nous étions si bien à nous balader sur ces chemins de brousse, dans le calme paisible de la campagne.
Il nous est difficile de quitter la famille à laquelle nous nous sommes attachées le temps d’un après-midi et de laisser Isabelle qui me fait promettre de revenir passer du temps au couvent.

Nous enfourchons nos motos pour prendre la direction du monastère des pères (qui se trouve à côté, mais que les sœurs n’ont pas le droit de voir), afin d’y acheter du... Fromage ! Oui ! L’un des seuls endroits du Burkina à en produire !! Nous y achetons deux tommes de vache, et deux de chèvre dont une est destinée au propriétaire de la moto qui nous a amenée sur place. Ce soir c’est festin !

Sur le chemin du retour, le soleil se couche le long de notre route. C’est comme si tout ralentissait et que même les camions surchargés et les bus quittant le Ghana roulaient au pas pour ne pas le déranger. 
Les troupeaux, menés par un vieil homme ou un enfant sur le retour de l’école ou de la prière, traversent la voie tranquillement. Les femmes, alignées le long du goudron pour y vendre des arachides, fruits, légumes ou épices en tous genres, commencent à rattacher leurs bébés dans le dos à l’aide de pagnes colorées. Les bicyclettes s’alignent et dansent en rythme. 

Le chahut commence à revenir, la voie à se dédoubler ... Nous voilà à nouveaux aux portes de Ouaga. 
C’est l’heure des bises (au milieu d’une intersection) avant de reprendre le chemin de la maison. 

Une énorme tartine de fromage partagée avec les chanceux présents, et hop ! Au dodo !

Tuesday, December 3, 2013

Retour en Terres Ouagalaises, Professeur de rien

Après deux mois intenses de retour en Europe, voilà que je repose les pieds en terres burkinabè le 7 octobre 2013 pour de nouvelles aventures. Et oui, quand ca nous prend, impossible de se décoller le moustique qui nous pique en venant ici !
Bref, cette fois, l’expérience est très différente ! Me voilà donc professeur d’anglais et de français dans un petit lycée de Gounghin, pour des élèves de 6ème et 5ème (oui, ici on appelle lycée tout le cursus de la sixième à la terminale).
En parallèle, je suis stagiaire au sein de l’association ACMUR (Association Clown Marionnettes dans nos Rues), en tant qu’administratrice de projet pour le Festival Rendez Vous Chez Nous 2014. Ces deux expériences m’apportent énormément, et je compte bien vous en faire partager quelques moments, entre interculturalité, échanges, fous rires, incompréhensions, prises de consciences, remises en questions et humanité.

Pour commencer, la rentrée au lycée T. Ilboudo de Gounghin. Une chance inouïe, j’habite au siège de l’association, qui, par le plus pur des hasards se trouve à ... 500 mètres du lycée ! Je peux donc me rendre d’un endroit à l’autre sans problèmes de transport, en toute tranquillité. Le rêve !

Premier jour, la Nassara (blanche) débarque. Les regards interrogateurs des élèves et des professeurs... On a pas l’habitude de ça par ici ! Et en plus, elle rentre dans les bureaux de l’administration ! Bizarre, bizarre !
Je me retrouve donc avec la directrice des études qui me donne mon emploi du temps et m’explique que les cours commencent pour moi ... Demain ! :D
Pas de souci ! Et les livres ? Et les programmes ? Et mes collègues ? Bon, on va tenter de se débrouiller comme on peut. Elle me tend un livre de français et me dit gentiment : c’est déjà pas mal pour commencer, non ? ... Mmmm, oui, allez hop ! Mieux vaut ça que rien ! 
Les secrétaires rient, elles voient que je suis un peu perdue et ça déclenche des crises de rires. Bon, je vais rentrer préparer tout ca ! Je n’ai absolument aucune idée de ce qui m’attend, du nombre d’élèves, de l’organisation administrative, etc. Juste le livre et ma bonne volonté ! Je repars sous le regard des élèves, qui tentent de savoir la raison de ma présence...
Hop ! Au réveil, branle bas de combat, à l’attaque de ma classe et de cette rentrée pas comme les autres pour moi ! Je passe par le bureau des secrétaires qui se trouve à l’entrée de l’établissement, et je me renseigne : Y-a-t-il une liste de mes élèves ? Oui, oui, vous ne l’avez toujours pas ? Ben ... Non ... Elle me la tend, et je commence à compter 1, 2, 3, 4, 5 ... 40 pour les 6èmes, puis 1, 2, 3, 4, 5 ... 49 pour les 5èmes ... Ah, d’accord, oui, bon, ca fait du monde ! :D Moi qui vient de ma petite France qui ne dépasse pas les 30/32 par classe et on s’en plaint !

Les têtes se tournent vers moi dès mon entrée dans la cour et me suivent jusqu’à mon entrée en classe... Puis ce sont mes élèves qui se tournent et tombent des nues... ( ???) C’est elle ? C’est une nassara ! A yaa nassara ! ahahahah !
"Levez-vous ! Bonjour, je suis votre nouvelle professeur de français ! Nous allons faire les présentations !"
Les rires fusent, ils sont impatients de savoir à qui ils ont à faire, et moi aussi !

Je commence déjà à repérer les cas qui risquent de me poser problème. Ils crient du fond de la classe « Madame ! Je veux venir en France avec vous ! » « Madame ! Le Burkina est meilleur au foot !! »... Eheheheh ! 

Je sors la liste de mon sac et commence à appeler les noms en tentant de ne pas les écorcher, ce qui est difficile, puisque très peu ressemblent aux noms français. C’est rires sur rire... Surtout qu’entre les Ouedraogo Fadilatou, Ouedraogo Fatoumata, Ouedraogo Fatilatou, Ouedraogo Rabiatou, Ouedraogo Faouziatou, Ouedraogo Latifatou et j’en passe, je vais avoir du mal à faire la différence ! Ahahah !
Après cela, les présentations de chacun. On prend une feuille et on écrit son nom, prénom, âge, et ce qu’on souhaite faire plus tard. Ils sont interloqués : « On comprend pas Madame ! » « C’est simple, une feuille, et vous écrivez tout ça ! » « C’est bizarre ... ». Bon, finalement ça marche ! Après ça, j’accepte certaines questions sur la ville d’où je viens, et je tente une France dessinée au tableau... Mouais... Ca ira ! On replace quelques villes tant bien que mal, même si pour beaucoup Paris se trouve à Marseille et après avoir effacé toutes les zones d’ombre me concernant, nous pouvons commencer les leçons !


La suite au prochain épisode, entre fous rires et prises de tête ! ;)

Saturday, November 23, 2013

Abidjan, petite visite de la ville

Vue de la maison de Clem
Ce qui frappe lorsqu’on arrive dans cette capitale, c’est son contraste avec les capitales du reste de la sous-région. Ouagadougou et ses 4 routes goudronnées n’est pas prête de rivaliser avec Abidjan, ses écrans publicitaires à la new yorkaise, ses ponts, routes et ses voitures en pagaille. 
Je vais tenter, par mes mots, de vous expliquer mon ressenti, et de vous faire visiter les modestes recoins que nous avons pu arpenter. 

Tout d’abord, le quartier où Clémentine, mon hôte, habite : Marcory Remblais (dis-moi si je me trompe poulette !). 
Un quartier populaire au sud-est de la ville, logé sur une île qui se rejoint par un pont. C’est aussi la particularité de la ville, on ne sait plus si on est sur une île, sur le continent, si on est à gauche ou à droite de la lagune, même si on connaît à peu près les quartiers après quelques jours. A l’est de ce quartier se trouve Koumassi, quartier lui aussi populaire en bord de mer.
Une voisine qui cuisine

Lorsqu’on arrive « au quartier », on découvre des immeubles de 4 à 6 étages, reliés par des ruelles qui s’enfoncent dans le ventre de la zone. Comme à chaque fois, il ne faut pas se perdre, parce que les noms de rue ce n’est pas le dada de tout le monde ici non plus, même si cela est moins marqué qu’à Ouagadougou. Les vendeuses d’atiéké sont alignées, les unes à côté des autres et hèlent les passants (surtout lorsqu’ils sont tubabs), en tentant de crier plus fort que les klaxons répétitifs des taxis. Après avoir salué le boutiquier du bas de l’immeuble, on escalade les marches du bâtiment, salués par les trois poules qui couvent devant la porte d’entrée. A chaque étage, c’est comme un petit quartier. Tout le monde se connaît, se salue, échange, même si tout est séparé par des grilles. C’est comme les boutiques, ici on y rentre pas, comme à Ouaga. Je l’ai appris à mon insu, en essayant d’ouvrir la grille d’un commerçant qui s’est mis à hurler en me demandant pourquoi j’essayais de fracturer sa porte. Ca, c’est à cause de la guerre et des affrontements, pour ne pas se faire tout cambrioler.

                Le quartier est vivant, il y a de nombreux maquis, et de quoi manger tous les 2 mètres environ : poulet, poisson, atiéké, foufou, et j’en passe ! Un défilé de plats qu’on aimerait goûter à chaque fois, bercés des odeurs qui s’en échappe à notre passage, prenant même le dessus sur les odeurs d’échappements de la rue. Lorsqu’on marche un peu, on arrive au Marché de Marcory, un immense bâtiment, comme un stade de foot (c’est ce que j’ai cru au premier coup d’oeil !), sous lequel des centaines de commerçants, organisés par secteurs, partage l’espace en serrant leurs étalages les uns aux autres pour gagner de la place. Lorsqu’on entre, on trouve d’abord les vendeurs de chinoiseries (tous les gadgets inutiles importés par les asiatiques, très présents sur le continent), puis les vêtements et les chaussures ainsi que les accessoires de beauté. Ensuite, on s’enfonce encore un peu plus, happés par l’obscurité, pour arriver aux vendeurs de tissus, de souvenirs artisanaux, etc. Plus loin, ce sont les légumes, les condiments comme on appelle ca ici : épices, herbes, piments, tout ce qu’on ajoute dans les préparations de base pour y mettre du goût. 
Ca sent bon et mauvais en même temps, suivant que l’on se trouve face au poisson séché ou aux salades et concombres. Après cela, boucherie et poissonnerie. Le lieu où l’on a pas trop envie de s’attarder, à la vue des millions de mouches et à l’odeur âcre qui s’insinue dans nos narines. 
Enfin, les savons, les produits ménagers et tous les ustensiles de cuisine et pour la maison. Ca pend dans tous les sens, et certains entassent les objets, comme une montagne qui est sur le point de s’écrouler, mais qui tiendra encore 1000 ans avant de penser le faire.
Vendeuse de tissus au Marché Treichville
Arrivés de l’autre côté, à nouveau à la lumière, retour aux tissus colorés que je ne peux m’empêcher de fouiller avec Clémentine, emportant 4 pagnes pour me faire coudre des vêtements. On s’y fait prendre à chaque fois !

Lorsqu’on passe le Pont du Général De Gaulle, on se retrouve en Europe. Même les pharmacies ressemblent à celle que nous avons dans nos villes et villages français, avec la croix verte qui clignote. Ah oui, ici, contrairement à Ouaga, il n’y a pas de coupures de courant. Seulement certaines coupures d’eau qui se gèrent en stockant dans des seaux pour pouvoir se laver et faire la cuisine quand le robinet ne fonctionne pas. Bref, les pharmacies, c’est vraiment fou ! A Ouaga, tu as plus l’impression de te trouver dans un dépôt pharmaceutique, avec quelques étagères et des cartons sur le sol, alors que là, j’ai l’impression d’être à Valence, chez moi en France, et de rentrer dans la pharmacie qui fait l'angle de chez ma mère ! Et ils ne sont jamais en rupture de stock, t’obligeant, à Ouaga, à te faire 6 pharmacies pour trouver ton produit.
Petite pause midi au marché

La circulation est très dense, il n’y a pas autant de motos qu’au Burkina, et cela pose de gros problèmes de trafic, les feux n’étant pas plus respectés que dans le pays voisin ! EN compagnie de Clément, nous avons pu remonter les boulevards et flâner dans les alentours de l’Institut Français d’Abidjan où j’avais rendez vous avec France Volontaire et quelqu’un de l’IF pour tenter de me dégoter un nouvel emploi ou un stage. Il y a des trottoirs, des boutiques plus ou moins luxueuses, et même des gens pressés, ce qu’on ne trouve pas au Burkina ou dans le quartier Marcory. On sent qu’on a changé d’ambiance !

Vue depuis Blockhauss sur les
quartiers riches
Un des nombreux soirs de fiesta en compagnie de Clémentine mais aussi de Justine, une autre compatriote de Master, nous sommes allés dans le quartier où la fête bat le plus son plein. Eh oui ! Si on va à Abidjan, on doit y faire la fête, c’est la capitale du coupé décalé, et un centre important de reggae men renommés ! Le quartier s’appelle Blockhauss (prononcé : blokoss) et se trouve exactement en face de l’île où se trouve Marcory, en bord de lagune. Après être sortis du goudron, nous nous enfonçons dans le noir dans un quartier populaire, pour déboucher sur une ruelle ultra animée. Là, nous entrons dans un des bars, un bar reggae, où nous nous amusons comme des fous juqu’à tard dans la nuit. Un autre soir, c’est le bar d’à côté, ambiance coupé décalé, qui a fait l’objet du choix, avec sa multitude d’étudiants bourrés, les uns déguisés en filles, les autres en garçons, et qui nous ont attrapés, tous autant que nous étions, pour nous faire virevolter au son des musiques à la mode (Arafat et ses compatriotes). Bref, d’excellents moments à ne pas rater dans la capitale !

Un autre quartier pour sortir, Cocody, mais là, c’est nettement plus bourgeois, et nous y sommes nettement moins à notre aise... Même si nous y avons aussi dansé jusqu’à pas d’heure !
Le foufou
Treichville, un autre quartier à ne pas manquer, surtout son marché, une vraie caverne d’Ali Baba ! C’est le quartier où travaille Clémentine, et j’y suis allée flâner et me perdre plusieurs fois pour y découvrir une zone populaire où les gens vivent tranquillement, au gré du vent, nettement plus présent qu’à Ouaga. Ben oui ! On est en bord d’océan ! :D Ici, c’est un quartier de pêcheurs, et on y trouve d’excellents poissons ! Comme je ne suis pas très pêche, j’opterais plutôt pour un bon poulet !
Cette expérience ivoirienne m’a apporté encore énormément. J’ai appris, vu, senti, ressenti, encore de nouvelles sensations, rencontré encore de nouvelles personnes, toutes plus sympathiques les unes que les autres, et certains de ces moments resteront gravés dans ma mémoire.

Merci à toi, Clémentine, de m’y avoir accueillie, de m’avoir servi de guide et de maman durant tout le séjour, et de m’avoir enseigné comment ouvrir une noix de coco en deux leçons au beau milieu de ton salon, avec toute la grâce d’une femme Cro-Magnon. Merci aussi à Bamba, grand handballeur national et son cadeau aux couleurs ivoiriennes que je m’amuse à porter dans les rues de Ouaga.
J’espère vous avoir offert un petit voyage (sur)réaliste en terres ivoiriennes à votre goût, au travers de mes modestes yeux de toubab.


Et maintenant, Tchou Tchou !!! C’est le retour en train pour 36h dans l’autre sens, avec pour voisin un militaire ivoirien au grand cœur, et une troupe de femmes de caractère qui ont animé le wagon du départ à l’arrivée !






Friday, November 22, 2013

Grand Bassam, paradis entre histoire et présent

Départ tôt ce matin pour Grand-Bassam, en taxi-brousse surnommés ici « woro-woro », depuis Abidjan. 
ancienne maison coloniale
transformée en maquis
Les gars, pressés de remplir leurs camionnettes, hèlent tous les passants dans la rue et négocient serré pour obtenir un pourcentage. 

Une fois que tout le monde est bourré dedans, on claque la porte, deux coups sur la portière, et c’est le départ dans un nuage noir d’échappements.
Super ! Après avoir négocié notre montée au carrefour « Grand Bassam », c’est à dire celui où tous les woro-woro pour cette destination sont stationnés, en attendant de se remplir le ventre et de filer sur la voie, nous voilà montés ! En plus, chanceux ! Au fond, près de la fenêtre pour respirer un peu, avec le paysage qui défile devant nos yeux.

Toutes les 10 minutes environs, un flot monte et un flot descend, comme une musique, un refrain bien huilé qu’eux seuls peuvent comprendre. Pour nous, c’est comme une chanson en langue étrangère que tu entends, qui te plaît, mais dont les paroles t’échappent. Pour finir, tu connais les rythmes et quelques intonations, mais ca te suffit pour la fredonner. Il suffit simplement de le transposer et vous capterez sûrement ce que nous avons vécu et vivons ici.
Entre passé et présent
Après un défilé de palmiers, des bouts de vue sur l’océan, et un goudron tout droit longeant un immense terrain militaire, nous voilà à Grand-Bassam.

Cette ville est étrange. Entre paradis et fantômes, elle sent bon l’océan imprégné d’une odeur âcre de murs en ruines, mangés par les plantes grimpantes, tristes vestiges de la colonisation.
Nous voilà donc partis à pieds, à l’aide d’un guide touristique inutile, ou plutôt si, il nous aide à nous perdre dans le dédale de rues de la ville, avant de comprendre ... que la carte est à l’envers ! :D

Perdus au pied d’un phare abandonné, où des enfants jouent à pousser des pneus de bicyclette, ou, pour les plus studieux, étudient à l’ombre de la tour, nous continuons le voyage dans le passé.
Escargots à l'ivoirienne!
Au détour d’une rue, nous rencontrons des habitants, tous enfermés dans le doux souvenir des temps heureux, précédant les deux crises consécutives de 2006 et 2011. « Ici y’avait plein de toubabs ! (les blancs) On en voyait tous les jours ! Mais ils ont fuit, ils ont peur, ils croient qu’on se bat encore ici. Pourtant tu vois comme c’est tranquille, non ? Il faut aller leur dire ! Nous on aime les blancs ! ». Il rit, bien sûr, on sait ce qu’il veut sous-entendre : c’est de l’argent qui rentre. Et il a raison !
Si les gens savaient ce qu’ils ratent à ne pas aller y faire un tour !

A force de demander notre route à tout le monde et de se perdre (ou pas !), nous apprenons qu’il faut passer le pont pour aller dans le quartier « français » où se trouvent tous les vestiges et les lieux touristiques. Nous montons donc dans un taxi orange, chauffeur rasta et musique reggae à fond, qui, parlant sans s’arrêter, nous raconte un peu la ville. Comme la faim nous guette, il nous dépose devant le restaurant qu’il dit être le meilleur pour les fruits de mer, et repart dans un crissement de pneus.

L’endroit est calme. Situé sur la lagune, la terrasse est reposante. Personne. Seul un couple non marié est assis à une table voisine, et le serveur, qui ne comprend rien à ce qu’on lui demande, nous amène les plats petit à petit. Nous avons décidé de goûter : escargots de Côte d’Ivoire (énormes !!!! En brochette, de couleur noir, de la taille de deux doigts de mon grand-père côtes à côtes, ils trempent dans une excellente sauce tomate aux oignons), crevettes, poisson, presque impossible de finir, mais tellement bon !

Après un p’tit café, nous repartons à la conquête du quartier, intrigués par ces bâtisses de l’ère coloniale, dont la couleur des murs s’efface. On distingue légèrement le contour des portes, le bleu des volets, le rosé des murs. Le temps les effacent doucement, prenant ses aises et laissant au visiteur la possibilité d’entrevoir encore ce passé peu glorieux.
L'ancien théâtre

En nous faufilant dans ces rues, nous tombons face à ce qui ressemble à un ancien théâtre. En face, une petite baraque, devant laquelle un rasta fait sa lessive. A notre passage, il lève les yeux, et, étonné de nous voir, il s’approche:
« Ca va les amis ? Besoin d’un guide ? ». 
Nous sommes méfiants. En règle générale, ils te guident pour finalement te demander de l’argent que tu n’as pas... 
« Non, non, ca va, non merci ! »
« Ne vous inquiétez pas, je ne veux pas d’argent, juste raconter ma ville ! ». 
Dans ce cas ... 
« C’est quoi ce bâtiment ? »
« Un ancien théâtre, comme vous le disiez. Il y avait même un étage et c’était bourré ! Mais comme y’avait pas les moyens, on a pas retapé ! En face, ici, c’était un cinéma. Jusqu’à il n’y a pas très longtemps, on y projetait encore des films, mais c’est fini. Avec la guerre, tout ca, on l’a laissé à l’abandon. 
Et comme ya plus les touristes, sauf vous, ben ... On a pas voulu y mettre l’argent. Ils préfèrent le bouffer ! ».
Vestiges fantômes de Grand Bassam


Après avoir papoté encore quelques instants, sur le passé et surtout le futur (il ne perd pas l’espoir de revoir un jour les touristes affluer avant sa mort) nous le remercions et continuons notre route, le laissant avec son linge.

Arrivés à un croisement, ou des jeunes sont assis, sur leurs motos, discutant à l’ombre d’un vieux bâtiment, une vieille nous accoste en hurlant. 
« Tubabu !!! Hey !! Tubabu !!! Faut m’acheter mes caramel, là, c’est moi même je les fait !!! ». 
Les enfants s'esclaffent sur les photos
Arrivée sur nous, tous les regards sont tournés dans notre direction, et les sourires commencent à se dessiner sur le visage des gens. Elle commence, toujours en criant, à nous dire ce qu’elle pense de la colonisation et de la guerre, et surtout des jeunes qui traînent dans le coin et qui n’ont plus d’emploi. Je lui paye des caramels, en plus c’est vrai qu’ils sont bons. 
Un des jeunes s’approche alors, un peu timide et nous propose de nous accompagner pour visiter le coin. 

On se regarde avec Clément : Oui ou non ? Allez... Ok ! Nous voilà partis tous les trois, et c’est un conte qu’il nous raconte. Nous voyageons dans le temps, son père était domestique pour l’une de ces famille, et il raconte ses histoire, celles de son père et les siennes, avec son regard d’enfant. Nous passons de maison en maison, escaladons les ruines, passons des portes qui ne se voient pas, montons des escaliers prêts à tomber pour admirer des vues imprenables sur la ville, accompagnés par une troupe d'enfants qui s'amusent à imiter des pas de danse que j'improvise et qui hurlent de rire à la vue de leurs visages dans l'appareil photo de Clément.

fumoir à poissons
Nous finissons sur la plage, traversant le lieu où sont fumés les poissons. C’est noir de suie et les hommes et femmes qui y travaillent en sont aussi recouverts. L’odeur qui s’en échappe est un mélange entre le feu de randonnée, de celui de cheminée quand on l’allume et qu’une épaisse fumée blanche nous étouffe, et celle du poisson frais et grillé. Etrange mélange. Et nous, blancs comme neige, visibles à des kilomètres au milieu de ces couleurs sombres.

La plage ... A perte de vue. Les barques des pêcheurs retournées, ou attendant leur prochain départ quotidien à la recherche de poissons. Assis dedans, des enfants réparent les filets en chantant, ou courent pour jouer aux pirates. Le drapeau ivoirien flotte à l’avant, dans la lumière descendante de fin d’après-midi. Sur un coup de tête, nous décidons de nous enfoncer dans l’eau. Mais pas trop loin, c’est dangereux ! Brrr, la fraîcheur, ca fait du bien. 


Plage de Grand Bassam
Puis, nous retournons à notre visite : la statue en hommage à la sainte du coin, très important pour notre guide, puis les grands hôtels ... Ca fait peur ! Ce décalage ! Nous finissons par la prison, à côté de laquelle nous buvons une bière. Notre guide est malade, il ne peut rien manger ni boire depuis deux semaines. Lorsqu’il nous explique, c’est un ulcère. Et son médecin qui ne fait rien. Il a perdu 10 kg. 
Clément lui prescrit certains médicaments qu’il doit absolument prendre, et nous le laissons, après qu’il hèle un taxi pour nous, avec un peu d’argent pour le remercier et acheter ses médicaments.
Barques sur la plage, Grand Bassam
C’est le retour, nous arrivons à la gare des woro-woro, où nous prenons un lipton avec les employés, que nous aidons à remplir le van en les imitant. Grâce à cela, nous finissons accompagnateurs du chauffeur, assis sur la banquette avant. La classe !!!

Arrivés sur Abidjan, nous trouvons, sans nous perdre, le chemin de la maison. Là, Clémentine et Bamba nous attendent, inquiets de nous voir revenir si tard. Oups ! Nous avions oublié de les prévenir et nos portables ne fonctionnaient pas. Finalement, nous finissons autour d’un poulet sauté et de plusieurs Bocks qui nous permettent d’aller au lit en toute sérénité.



A DEMAIN !

Enfants sur la plage
jouant avec les photos

Friday, November 1, 2013

Abidjan, capitale d’Afrique de l’Ouest et Assinie Mafia, paradis perdu.

Le taxi
Des immeubles, du bitume, un accent moins prononcés, voilà ce qui différencie Abidjan de Ouagadougou au premier regard. Et le bruit, celui des klaxons des taxis qui pensent que les gens ne les remarquent pas et qui ont développé ce toc.

Nous sommes arrivés avec la nuit. Premiers contacts dans le taxi, où, sur le tableau de bord, il est inscrit « la vraie beauté d’une femme c’est le cœur », ou encore « qui parle de moi perd son temps ». De quoi nous mettre dans l’ambiance !

Et nous voilà partis pour 10 jours de folie abidjanaise, au pays du coupé décalé et des plus grands reggae men d’Afrique de l’Ouest.

Assinie Mafia, première étape. Petite ville portuaire et anciennement balnéaire, lieu culte du tournage des « Bronzés », le coin a été déserté par les touristes suite aux crises de 2006 et 2011. C’est aussi la ville d’Alpha Blondy, à laquelle il a donné une chanson (Assinie Mafia).

Départ dans le petit 4x4 d’un ami de Clémentine, à travers les champs, les cocotiers et la verdure luxuriante, jusqu’à cette lagune, où nous attendent des amis « chez maman ».
L’accueil est chaleureux, et c’est le cas de le dire : on nous sert un verre de Koutoukou, boisson locale de Côte d’Ivoire, une sorte de vin (trèèèèèèèèèèèès fort !!!) fait à partir de ronier, de palmier et de raphia. 

Le genre de boisson qui t’assoit parterre, mais qu’on te sert dès que le verre est vide ! Sous 35 degrés, je vois le visage de Clément rougir, et l’un de nos hôtes finit même par s’écrouler du banc sur lequel il est assis, créant une crise de fou rire général. Requinqués, nous voilà embarqués sur les barques, pour rejoindre l’autre côté de la lagune pour aller y déguster du poisson grillé accompagné de frites et d’alocos (à l’huile de palme !!! ;-) petit clin d’oeil à Clémentine qui se reconnaîtra !).
Badaboum! Les effets du Koutoukou
Avec leurs longues perches qu’ils enfoncent habilement dans l’eau, les piroguiers nous transportent en silence de l’autre côté de la berge. 

L’eau ne frémit qu’au contact des perches et de la proue de notre embarcation.

Au bout, une plage paradisiaque s’offre à nos yeux. Le Golfe de Guinée à perte de vue, du sable blanc, des cocotiers, et des barques aux couleurs bleues et vertes qui sèchent sur la berge sur lesquelles les enfants jouent aux pirates armés de morceaux de bois récoltés sur le sable. 
Au loin, des couples marchent et des pêcheurs jouent aux cartes, assis sur des cagettes.

Après un excellent repas à l’ombre des arbres, petite trempette pas trop loin, car les courants sont extrêmement dangereux à cette époque de l’année.

Maman
Puis, nous partons en balade à travers la forêt de palmiers, au milieu de laquelle la végétation nous offre des couleurs toutes plus éclatantes les unes que les autres. Calme, paix et tranquillité.

Ce qui choque, ce sont ces complexes hôteliers qui bordent la plage, piscines bleues turquoise ... Tous vides, en attente d’un retour des touristes qui se font rares ces temps ci. Une impression de bout du monde. La guerre n’est plus là, mais les séquelles peinent à disparaître.


Le Koutoukou
Après ça ? Retour au maquis pour finir en beauté autour d’un ... voire deux, voire trois, voire ... hips ... Koutoukou !

Cette nuit là, nous avons bien dormis, bercés par le son des vagues et les effluves de Koutoukou au gingembre qui tourneboulent dans notre estomac.

retour en barque