Translate

Wednesday, October 9, 2013

Le train Ouagadougou-Abidjan, 36h de découvertes et de rencontres

Départ de Ouaga, par la fenêtre
Difficile à décrire, les sensations de ce voyage à travers tout le Burkina et d’un bout à l’autre de la Côte d’Ivoire. 
Paysages depuis la porte du train
C’est tout d’abord des gens, beaucoup de gens. Ce sont les familles, qui ont préparé des victuailles pour toute la marmaille, les femmes cuisinant dans le train. Ce sont les films burkinabè dont l’humour ne s’approche en rien du notre, joués sur des plans statiques face à la caméra. C’est la voiture-bar, jouxtée à notre wagon, remplis d’hommes et de jeunes femmes qui remédient à leur soif par des tournées générales à répétitions. Ce sont nos voisins, qui font tous connaissances. C’est aussi la solidarité.
Puis il y a aussi les vendeurs/vendeuses à chaque arrêt en gare, proposant des produits du coin, fruits bizarres en tous genres, gâteaux, jus, sucreries (sodas), cigarettes, mais aussi toutes sortes d’objets « utiles », chinoiseries et autres.

Paysages depuis la porte du train
Les portes donnant sur l’extérieur ne sont jamais fermées. Un garde sur sa chaise en plastique ou sa caisse en bois les surveille, échangeant avec son collègue contrôleur. Nous avons pu y retrouver Abou, avec qui nous passons une partie du trajet assis entre 4 portes, cheveux au vent, perdus au milieu de nulle part, au son des broussailles abondante qui frottent la carrosserie et laissent des feuilles à nos pieds sur le passage. Les paysages sont à couper le souffle. Parfois un groupe d’enfants se met à courir à nos trousses, criant « bouteilles, bouteilles, bouteilles ... » sur des kilomètres, jusqu’à ce que quelqu’un décide enfin de lacer sa bouteille vide par la fenêtre. Ils s’en emparent et arrêtent enfin de courir. Les femmes, un panier rempli de nourriture prend le relais à la gare suivante.

Le trajet c’est aussi la frontière, à 2h du matin, après avoir partagé bouteille de rouge premier prix vendue au bar sur bouteille de vin rouge. Ce sont ces familles, assises sur des nattes au milieu des rails durant plusieurs heures, dans l’espoir d’obtenir le droit de passer. C’est aussi cette file indienne que nous suivons hors du train, après que l’on nous ait retiré nos passeports dans les wagons.
Ambiance au bar du train (3h00 du matin)
« On va où ? Ils vont nous les rendre ? » sont les questions qui traversent nos esprit embrumés par le mauvais vin.

Assis les uns sur les autres sous une paillote de moins d’un mètre de hauteur, recouverte de palmes, en pleine nuit, nous attendons nos tampons.
Un officier s’approche, tirant une chaise qui lui sert ensuite de bureau pour tremper son tampon dans l’encre et crier les noms inscrits sur les passeports. Ouf ! Etape passée après 1h30 d’attente !

Réflexion ...
On remonte dans le train, laissant sur les rails ces dizaines de personnes qui devront attendre le prochain train pour imaginer passer la frontière... C’est le cœur lourd que nous les regardons s’éloigner et se transformer en ombres à la lueur des rares lampes de la gare.

Entre pauses dodos au son des amplis mal réglées crachant les dialogues des séries à l’eau de rose burkinabè et fête à 25 dans un wagon-bar de la taille d’une Clio, nous finissons par atteindre, enfin, Abidjan !!! Avec seulement 2h de retard ! Yes ! Après avoir salué tous ces gens rencontrés au fil des pauses sur les quais, des repas et des bières partagés, nous prenons le taxi en compagnie de Abou, qui nous aide à rejoindre notre point de rendez-vous avec Clémentine, collègue du master de Chambéry qui effectue son stage ici. Elle prend ensuite la relève, et nous emmène jusque chez elle, dans un quartier populaire de la ville.

Nous échangeons autour de quelques bières avant d’aller nous affaler dans le lit pour récupérer. Les 10 jours sur place s’annoncent bien ! :)

Compagnon de voyage
(à suivre...)

Un départ pour la Côte d’Ivoire plein de rebondissements!

Après plusieurs mois d’absence et de mouvements internationaux, me voilà à nouveau face à l’écran pour vous faire partager un quotidien d’autre bout du monde. Non non, le palu n'a pas eu raison de moi!!

Après quelques épisodes difficiles pouvant bouleverser une vie, une petite escapade s’imposait en ce chaud mois de juin.

Notre train en gare d'Abidjan
Nous voilà donc partis, Clément, un autre expat' perdu au fin fond de l’Afrique et moi-même pour un voyage inoubliable en plein coeur de l’Afrique de l’Ouest.
Tout d’abord, remettons un peu d’ordre. Il nous a fallu passer par la case visas, qui n’est pas la moins ardue des étapes !

Première étape : trouver le « service passeport » comme ils l’appellent ici. « Le service quoi ? », « Connais pas ! », étaient les réponses que nous avons reçu le premier jour en parcourant les rues de Ouaga sur ma moto après avoir compris plus ou moins dans quelle partie (Gonghin) de la ville il se trouvait ... Durant ce trajet infernal et interminable que nous voulions terminer avant la fermeture des administrations burkinabè, l’épisode « photos d’identité » ... Une prise de bec haute en couleurs avec le Môsieur des photos, qui veut nous faire payer ... fois le prix réel !! Ras-le-bol d’être les « blancs de service ». Après être sortis rouges de fureur et ... sans photos de ce labo, nous enfourchons à nouveau notre bécane, et essayons d’autres possibilités. Enfin ! C’est fait !

Sous un soleil de plomb, nous trouvons enfin ce satané service. Mais rien n’est gagné pour autant ! Aurions-nous oublié les méandres administratives, traces de notre colonialisme occidentalisant à moitié fait ? Il faut tout d’abord passer par la secrétaire monocorde, comme un enregistreur rayé, qui répond à toute question par « attendez dehors ! ». « Mais Madame ... Suis-je au bon service ? » (... silence...) « attendez dehors ! ». Tout çà, pour que une demi heure plus tard, on nous apprenne que ... Ce n’est pas le bon service ! Gé-nial !
Allez hop ! C’est reparti ! Ah ... Les bureaux ont fermé ... « Fallait vous renseigner plus tôt ! »... Nous rentrons donc bredouilles ...

Deuxième étape : Retour le lundi (eh oui, c’était vendredi !), armés de courage et de volonté !
Et il en fallait ! Lorsque nous pénétrons dans la salle réservée aux visas, où des grilles séparent les bureaux de l’entrée aux murs bleus, l’homme en charge de nous recevoir ... A les blancs en horreur, surtout ... S’ils sont français ! C’est bien notre veine ! Nous faisons d’abord comme si nous ne l’avions pas remarqué, mais les choses s’enveniment vite : il m’envoie en vadrouille aux 4 coins de la ville pour des photos, pendant qu’il insulte Clément qui peine à garder son calme, utilisant des termes allant de « colonisateurs », à « c’est difficile d’obtenir un visa pour chez vous, donc je vais vous rendre difficile l’obtention du votre ». A mon retour : « c’est trop tard, nous avons fermé la caisse ! ». 
La moutarde nous monte au nez ! Il faut arrêter de nous faire tourner en bourrique ! On veut bien passer par certains préjugés, mais il arrive un moment où il faut arrêter ! Après avoir crié dans la salle que c’est du racisme (chose à laquelle on me répond « ahahaha ! ca n’existe pas les racistes noirs ! »), et par refuser de quitter les lieux sans avoir de garantie d’obtenir les visas avant notre départ (trois jours plus tard), le chef finit par arriver et me convaincre de repasser le lendemain, que tout serait arrangé.

Troisième étape : Le mardi ! Après le travail, nous courons au service pour pouvoir y déposer enfin notre demande. Le directeur, devant ses collègues, a décidé subitement de prendre la « défense » de son salarié. Il se met alors à nous aboyer dessus, à nous dire que nous ne l’aurons pas, que les blancs ne commandent pas, etc.

Au sortir de la salle, où le chargé des passeports ricane suite à la prise de position de son supérieur, nous voilà face à un dilemme : suivre le chemin de la « légalité », ou bien faire marcher notre réseau et passer par la « hérarchie supérieure »... A vomir ... Obligés de se corrompre, même dans une moindre mesure. Sur les conseils de Clément, je finis par appeler un ami, fils du Premier Ministre. Il me donne alors le nom du chef de service, et nous dit de prendre rendez-vous en usant du nom de sa mère, grande avocate du pays. Gulp ! Nous obéissons et finissons par obtenir ce rendez-vous. 
Pas question de descendre ces deux hurluberlus devant lui, on ne sait jamais qui serait passé devant. Nous inversons donc la technique, en expliquant que parfois certaines personnes ne sont pas faites pour s’entendre, mais que cela n’est pas grave, qu’il faut simplement éviter les conflits, blablabla.

Le lendemain après-midi ... Nos passeports sont là, le visa accepté. Notre "ami", vert de rage, nous fait attendre tout de même, mais cela nous est égal, nous savons que ça va !
Abou, la force tranquille
Quatrième étape : Nous fonçons droit sur la gare de trains pour obtenir un billet pour ... Le lendemain matin ! A savoir qu’ici, il faut s’y prendre au moins une à deux semaines à l’avance pour obtenir un billet dans ce train... Arrivés devant la gare : la voilà fermée ! Ce tordu de préposé aux passeports le savait, il a fait exprès ... La pluie, torrentielle, se met à tomber. 
C’est le pompon ! Je commence à me taper la tête contre mon guidon, pendant que Clément dit que tout est fini. 
Et là, Ô grande surprise, Abou, grand noir costaud, fait son apparition. Il travaille en tant que contrôleur pour la compagnie des trains. Avec un de ses amis présent aussi, ils nous garantissent un ticket pour demain. Il suffit de venir le matin vers 7 :00, le train démarrant vers 9 :00. Pas de problème, nous n’avons rien à perdre !
La moto refuse de démarrer... Abou, la force tranquille, comme je le surnomme maintenant, ce qui le fait rire de sa voix profonde et douce, s’approche de moi. « Doucement, ta moto est gâtée, il faut être doux, elle a besoin de calme. Regarde. » Il appuie sur la pédale de démarrage tranquillement, et accélère doucement, la faisant ronfler comme un bébé. « Voilà, faites attention, avec la pluie vous pourriez vous faire mal ». 
Un ange descendu du ciel (oui oui, on commence à y croire dans ces moments là! ;D) juste pour nous aider au moment où nos nerfs sont sur le point de lâcher.

Le lendemain matin, 6 :15, le téléphone de Clément retenti : vite vite ! Il faut venir à la gare, il ne reste que deux places !! Branle bas de combat, nous voilà sur le pied de guerre ! Impossible de tout mettre sur la moto, Clément emmène ses affaires pour l’Europe, car il a décidé de décoller depuis Abidjan. Je fonce en moto pendant qu’il se débrouille de négocier un taxi !

Clément et Karim, nos billets en main!
A la gare, c’est l’émoi ! Des centaines de personnes et des milliers de bagages, empilés dans tous les sens, dans un brouhaha incroyable. Je finis par retrouver Karim, qui m’aide à négocier une place de parking pour ma moto dans le parking des employés, car pas le choix. Puis, en dépassant des 10aines de personnes agglutinées les unes sur les autres sur des bancs, parterres ... Nous nous approchons du comptoir pour récupérer les tickets. La dame nous les avait bel et bien réservés, on ne s’est pas moqué de nous, et en plus, ce sont vraiment les derniers ! Ouf ! Une fois nos billets en mains, c’est le rêve ! Ouiiiiiiiiiiiiiii !! Nous avons réussi, après toutes ces épreuves !

Nous sommes très entourés pour prendre le train. Lorsque nous arrivons sur le quai, je demande à Karim « tu sais, hier, nous avons rencontré un super mec avec toi. La force tranquille. Ce serait tellement bien de le revoir, nous avons oublié de le remercier ! » «  Mais c’est Abou, il prend le même train que vous, il y est contrôleur, je vous le présente ! ». 
Paf ! Abou apparait, sortant du dernier wagon. Quelle coïncidence ! Nous promettons de nous retrouver dans le train.

C’est l’heure de grimper, nous nous hissons sur les marches plus hautes les unes que les autres et arrivons à nos sièges, en première classe, attention !

Pour ceux qui souhaiteraient effectuer le trajet, un grand conseil : prenez la première classe si vous voulez dormir et bénéficier d’un « vrai » siège. La classe ordinaire n’est pas horrible, mais ce sont des bancs en plastique, assis par 6, et un bruit constant et incroyable durant 36h de trajet ! Au moins, nous avions un minimum de calme (même si la super télé dernière génération encadenassée dans un placard en fer a le volume à fond : ça fait bien ici !), une clim marchant quand elle le veut, faisant passer les températures de 20 à 40 en quelques minutes et assez de sécurité pour dormir « tranquillement » !

Thursday, July 4, 2013

Lulu a le palu

Bonjour Bonjour!

Juste histoire de rassurer tout le monde sur mon état de santé et pour vous donner quelques petits détails, un mini-post pour un maxi-palu.

Tout d'abord, quelques petits chiffres et brèves explications:
-  225 millions de personnes malades dans le monde chaque année
- 70% des cas en Afrique Subsaharienne
- 780 000 décès environ par an
- Transmis par les moustiques femelles lorsqu'elles piquent à la tombée de la nuit
- Il n'existe pas de vaccin à l'heure actuelle contre le paludisme, seulement des préventions: répulsifs, moustiquaires, prise de comprimés préventifs (pour les expats surtout) ...

Ma chambre
Le weekend dernier, comme prévu, j'ai demandé mes jours de repos le samedi et le dimanche au lieu du dimanche lundi, pour aller à Nazinga, un parc naturel situé à 50 km au Nord de Pô en allant vers la frontière Ghanéenne (c'est à la frontière). Objet du prochain mini-post, c'est promis!

Bref, à mon retour le dimanche vers 15h, je suis allée à l’hippodrome, comme tous les dimanches, pour assister aux courses de mes amis. Tout allait plutôt bien, même si je me sentais fatiguée, comme après une semaine chargée comme celle que j'avais vécue.
Le soir, je décide tout de même de me coucher vers 20:30, car je me sens un peu patraque.

C'est cette nuit là, ... Je serais incapable de vous donner l'heure, je délirais déjà à moitié ... la fièvre a commencé son ascension. Pour s'ajouter à cela, une coupure de courant plutôt longue empéchait mon ventilo de tourner, et c'était donc sous une chaleur écrasante, que je me suis mise à transpirer-grelotter-transpirer ...
Après avoir réussi a extraire les plaquettes de paracétamol de leur boîte, impossible de les ouvrir: plus aucune force... Vers 6:00 du matin, un de mes amis et ma voisine que j'avais réussi à appeler en luttant avec mon portable, sont venus et mo glissé les comprimés dans la bouche. Après vérification au thermomètre, ma température avait enfin baissé pour atteindre (seulement!) 39,8°C .
Le parcours du combattant à Ouaga

Le palu est connu "pour faire des vagues", c'est-à-dire qu'on ne se sent pas trop mal le matin et qu'on est aux portes de la mort en fin de journée.
J'ai donc pu grimper sur ma moto, conduite par Salif, pour aller en direction du dispensaire dans lequel mon chef est laborantin. Le test de la goutte épaisse (on te pique le doigt et on dépose le sang sur une languette) a donné un résultat négatif, mais en prévention mon chef m'a tout de même donné des anti-palu, car ce test ne détecte pas tous les palus (ça, je ne l'ai su qu'après!).

Après être rentrée, toujours impossible d'avaler quoique ce soit, malgré les efforts à me mettre des cuillères de riz blanc dans la bouche. En milieu d'après-midi, après avoir pourtant pris les médicaments, la fièvre a décidé de continuer à monter ... Passé la barre des 40°C, je commencais sérieusement à ne plus en pouvoir. Mon ami Rasta a donc décidé de m'emmener à la clinique. J'ai donc appelé, dans cet état, Inter Mutuelle Assistance pour leur demander l'établissement conventionné: conseil à tous les voyageurs s'expatriant dans des pays à risque, ne faites pas comme moi: renseignez-vous DES VOTRE ARRIVEE auprès de l'IMA ou de votre assurance du nom des établissements, parce que cela devient vraiment compliqué avec 40 de fièvre...
Après m'être informée, direction la Clinique Notre-Dame de la Paix. Problème: ici, jamais d'adresse, pas de noms de rues, et impossible de les joindre au téléphone. Rasta a fait le tour de ses contacts pour qu'on lui indique finalement Gonghin (Sud-Ouest de la ville), puis de là, la Cathédrale Notre-Dame de Ouaga, (en centre-ville), puis enfin Tanghin (Nord-Est). Je vous mets la carte de mon trajet en moto (puis taxi à partir de la cathédrale, j'ai failli tomber de la moto tellement je ne tenais plus) avec plus de 40 de fièvre pour vous donner une idée. En tout: 17 km de trajet ...
Arrivée au guichet de la clinique, je n'ai pu qu'articuler "une consultation s'il vous plaît, je suis malade". On m'a donc allongée sur un lit, sur lequel je me suis endormie tout de suite en grelottant malgré les 35 degrés habituels du pays.

On m'a tout de suite mise sous perfusion de paracétamol, de quinine et autres antibiotiques, ma température ayant atteint 40,5 degrés.

Repas de roi
Deux nuits à la clinique, dont la première à vomir mes tripes et à aller aux toilettes toutes les 20 minutes, et la deuxième à lutter contre les effets de la quinine qui font bourdonner les oreilles au point qu'on se croirait sur une autoroute un premier jour de vacances... Tout cela, accrochées à la perfusion, pendue à une barre qui ne peut se déplacer qu'en la soulevant.
Malgré tout, j'ai été aux petits soins. Dans un pays comme le Burkina où les conditions de prise en charge sanitaire sont extrêmement mauvaises, j'ai même eu droit à deux repas dans la journée, et attention, pas comme chez nous made in Sodexo. De la VRAIE bouffe! Et des médecins et personnels très accueillants.

Ici, comme il n'y a pas de sonnette dans les chambres ni d'aide-soignant, un "accompagnant" comme on l'appelle, a accès à la chambre de nuit comme de jour, comme dans un moulin. Il veille sur le malade et alerte les infirmières si besoin est.
J'ai été vraiment bien entourée pendant ces 3 jours. Je ne me suis presque jamais sentie seule, et j'ai eu un accompagnant sans le demander les deux nuits, dormant dans un fauteuil à côté du lit à moitié confortable, et assistant à mes séances vomi et autres ...
Durant la journée, ma chambre n'a pas désempli et il y avait toujours minimum deux personnes, pour atteindre jusqu'à 8 personnes à certaines heures. Merci à vous tous, amis burkinabè ou européens!

J'ai fini par sortir le jeudi soir, après de nouvelles analyses, et j'ai pu ré-attaquer le travail en douceur le vendredi, en me reposant tout le weekend.

Maintenant, tout va mieux! Le médecin m'a dit seulement après coup que je n'étais pas passée loin, ce dont je le remercie, les nouvelles et le moral durant ces jours ayant été assez mis à lépreuve. J'ai terminé mon traitement par voie orale hier, et je continue à prendre mes antipaludiques régulièrement, comme je le faisais avant... Même si j'ai du mal à encore y croire ...

Voili voilou! J'espère avoir pu vous rassurer, et vous permettre de mieux comprendre une maladie pour nous plutôt peu connue.

Je me remets doucement avec quelques vomissements par ci par là et quelques vagues de fatigue qui m'apprennent à faire la sieste durant la journée.

A très bientôt!

Tuesday, July 2, 2013

Kamzaka, enfants de la rue de Ouagadougou au quotidien

Comme cela fait un moment, parlons boulot et quotidien!

Enfants du quartier (Marcoussi)
A Kamzaka, mon association d’accueil, les choses avancent de plus en plus. Comme je le dis plus haut dans un de mes articles, je suis arrivée en pleine crise, le centre ayant perdu un de ses plus gros partenaires financier. Ce partenaire est tout ce qu’un humanitaire sensé peut détester : un groupe de bons blancs, (anciens stewards et hôtesses de la plus grande compagnie aérienne française) décide de donner son argent en Afrique ... Mais attention ! A la blanche ! On ne vient qu’une fois par an au centre pour critiquer les locaux et les enfants, on ne s’intéresse surtout pas à la culture locale (çà les ennuie sûrement), et on ne s’écoute que soi-même. 
Parfait dans l’humanitaire, où l’interculturalité prend toute sa dimension ! 
Quand le centre demande certains moyens pour arriver à remplir les tâches de la convention, on lui demande de se débrouiller, tout en refusant les délais trop longs ... Pourtant, internet hors des cybers ici, ben, ca coûte un bras ! Et ils ne demandent qu’une clé internet pour tout le centre (10 000 FCFA soit 15 euros par mois) pour atteindre des objectifs monstres imposés par ce partenaire. Bref, comme nos amis les stewards n’aiment pas ça, ils décident de rompre la convention du jour au lendemain, fin février, après que tous les budgets de tous les autres partenaires potentiels soient clos puisque cela se fait en janvier ... Et la convention stipule que cela doit être fait avant la fin du mois de novembre qui précède... On s’en fout, c’est que des gosses des rues, on est déjà sympas de les aider !! Arghhhhhhhhhhhhhh !
Je suis donc arrivée au milieu de ce remue-ménage avec ma toute petite petite formation.

Voilà donc plusieurs mois que je suis plongée dans le dossier, et que mon poste de recherche de partenaires financiers et techniques prend toute sa dimension. Envoi de dossiers de demandes de subventions dans tous les coins, appels d’offres à gogo, rendez-vous dans tous les bureaux des grosses ONG, de l’ONU et de l’UE et dans les ministères.

Hyacinthe
Il m’a aussi fallu élaborer un budget par enfant pour faire des demandes au niveau des différents partenaires nous ayant confié des enfants. Chacun doit mettre la main à la patte à la hauteur de ses finances qui ne sont pas au top avec la crise de l’euro qui a un impact très important au niveau local, s’ajoutant à la crise malienne qui a cassé les finances du pays et de la population.

De bureau en bureau, de courbette en courbette, de sourire en sourire, les portes s’ouvrent, les solutions se dessinent : nous avons eu un don en nourriture impressionnant dans le cadre de la Semaine des Solidarités de la part de la Société Générale (oui oui la banque !...), notre dossier à l’Unicef est en bonne voie, les partenaires nous prêtent main forte en participant au cas par cas pour chaque enfant placé chez nous en fonction du budget que nous leur avons fourni ... Chacun donne un peu, même si tous les budgets sont serrés. Je vous assure, la solidarité existe encore !

Nous avons aussi pris la décision de remettre tous les enfants dans leurs familles durant la période des vacances pour soulager les finances du centre, mais aussi et surtout, puisque c’est le moto de la structure, pour leur permettre un renouement familial essentiel à leur reconstruction et à leur avenir, puisque notre but est la négociation familiale puis la réinsertion. Les jeunes sont ravis et se préparent déjà. Certains seront réinsérés définitivement et feront leur rentrée scolaire auprès des leurs, d’autres dont les cas sont beaucoup plus compliqués (nous n’avons pas retrouvé la famille, ou bien ils sont orphelins ou encore handicapés et nécessitent un accompagnement spécialisé) reviendront en septembre pour réattaquer l’année.
Les jeunes accueillis au centre ont tous une histoire à faire frissonner, et pourtant ils sont là, malgré tout, à lutter pour leur futur, à essayer de comprendre des mécanismes familiaux, psychologiques, sociaux, hors de la portée de quelqu’un de leur âge. Beaucoup de questions sur leur passé, mais plus particulièrement sur la cause. Pourquoi mes parents ont-ils fait ca ? Suis-je prêt à leur pardonner ? A revenir en famille ? Pourquoi dois-je me construire un avenir, si de toutes manières il n’y en avait déjà pas au départ ? Pourquoi étudier si de toute façon, on ne me laissera aucune chance puisque je ne suis rien dans la société ?

Parfois, certains décident de repartir dans la rue, sur un coup de tête, parce que quoiqu’on en dise, même s’ils paraissent bien plus que leur âge, ils restent des enfants, capables de prendre des décisions irrationnelles, à un moment donné. Depuis mon arrivée, 2 enfants sont partis sans revenir. L’un est à nouveau dans la rue, bien que surveillé de loin, l’autre a été récupéré et sera replacé dans sa famille par l’un de nos partenaires dans les semaines à venir. Les raisons ? Pour l’un, la finale de la Coupe d’Afrique en février, et le retour des Etalons (l’équipe du Burkina) à Ouaga : il voulait les voir et s’est à nouveau fait happer par son ancienne vie. Pour l’autre, le FESPACO (Festival du Film Africain dont Ouaga est la capitale et qui se déroule tous les deux ans ici, un peu comme Cannes pour vous faire une idée) : il voulait voir les acteurs de ses yeux et n’est pas revenu...

Malgré tout, beaucoup de réussites au tableau : les 6 enfants de CM2 inscrits au CEP (Certificat d’Etudes Primaires) qui permet de passer en 6ème (un examen aussi difficile voire plus que le BEPC de fin de 3ème) ont réussi l’examen avec brio et seront donc admis l’an prochain au collège. Et tous sauf un passent au niveau supérieur pour l’année qui vient. L’un des plus vieux (23 ans), quant à lui, termine sa formation en froid et climatisation dans quelques semaines et le don spontané de la part du village en Allemagne d’une de mes amies (merci Christiane et merci à ta soeur !) va nous permettre de financer son installation : il va travailler et habiter seul, l’indépendance !

Sortie à Bangr Weogo, le repas de rois
Parfois, les choses dérapent et la rue refait surface : deux des enfants ayant réussi leur examen de CEP ont été invités la semaine passée à un mariage dans le quartier par des camarades de classe. On leur a payé à manger, à boire, etc. Au moment de repartir au centre, ils sortent et trouvent la voiture de la mariée ouverte... Son sac à main sur la banquette. Sans réfléchir aux conséquences, les voilà partis avec le sac : ils y ont volé ses deux portables et 5000 F (ce qui est une somme très importante ici !), laissant le sac abandonné dans un 6 mètres (on appelle comme ca les rues ici). Mais une vieille femme les a vus et a averti les gens du mariage ... 50 personnes ou plus ont donc débarqué au centre, bâtons, barres de fer à la main, hurlant qu’ils vont brûler le centre, surexcités. L’éducateur présent, ne comprenant pas toute la situation et cherchant à protéger les enfants, s’est donc interposé entre les protestataires et les enfants, tentant de calmer les esprits et d’éviter la catastrophe : ici, si tu voles et qu’on te trouve, on te frappe jusqu’à te tuer, que tu sois mineur ou majeur... C’est lui qu’ils ont donc pris pour cible, le frappant au visage. Heureusement, un homme plus calme que les autres a réussi à calmer l’assemblée. Les enfants, qui avaient confié les portables à un troisième, se sont finalement résignés à les rendre, se rendant compte de la situation... un peu tard ! Les 5000F, quant à eux, avaient disparu et les éducateurs se sont cotisés pour les rendre, jurant que cela venait des enfants. Ouf ! Ils ont fini par repartir, et les choses ont pu être réglées au sein du centre sans dégâts. Afin de leur faire prendre conscience de la gravité de leur acte, les éducateurs ont décidé de demander à leurs familles respectives de payer 2500F chacune pour rembourser. La honte face à la famille qui doit subir leurs actes alors qu’ils savent pertinemment leur situation financière leur sert de leçon. A voir !
Bref, rien n’est facile, rien n’est gagné, mais l’espoir est toujours là et avec beaucoup de patience et de courage, les choses avancent et les comportements changent.

Adiara, éducatrice
Il y a deux semaines, malgré le manque de fonds, j’ai remué les troupes et créé un budget pour une sortie au parc Bangr Weogo (le plus grand parc de la ville, une forêt de brousse en ville !). Il a été accepté par un de nos partenaires, et nous avons pu y emmener les enfants pour un pique-nique géant sous les arbres, avec riz gras, boissons gazeuses (« sucreries » ici ^^) et poulet (un met extrêmement rare dans les assiettes burkinabè car extrêmement cher). On a chanté, joué de la musique, fait des jeux de groupe, et une belle ballade. Bref, de bons souvenirs et des enfants ravis ! Ca remonte le moral et donne la pêche pour avancer !
Niveau projets, nous avons de nombreux dossiers en cours, et je tente de m’activer rapidement pour avoir tout terminé avant la fin de mon stage ! Pour faire court : construction d’un dispensaire pour les enfants et les habitants du quartier avec laboratoire, dépôt pharmaceutique et salle de soins et construction d’un centre de formation de football et centre culturel parmi d’autres. Je bosse dur pour tout réussir, mais c’est vraiment difficile quand on est livré à soi-même pour élaborer un projet de A à Z. Visites, rendez-vous administratifs, recherches à la mairie et la bibliothèque ... C’est très formateur mais plutôt stressant parfois.
Au quotidien, tout se passe bien, et je m’organise plutôt comme je veux même s’il y a beaucoup de boulot ! Matin : 9 :30-12 :30 et après-midi : 13 :00-16/17 :00 avec repas de midi avec les enfants au réfectoire. Ils se sont vraiment habitués à moi et moi à eux, c’est comme une grande famille, avec les sessions jeux après-manger (dames et Uno) et la série « Daniela », série à l’eau de rose sud américaine autorisée par la Commission de contrôle du gouvernement du Burkina Faso.

Sinon, pour ce qui est du transport, depuis que j’ai la moto, les trajets se font vraiment plus faciles et le temps s’est raccourci ce qui me permet de faire plein de choses en plus sans penser à comment je vais trouver un taxi ou quelqu’un pour me ramener. Surtout n’ayez pas peur, je me débrouille très bien et j’ai appris le fonctionnement des vitesses et tutti quanti très rapidement ! Il faut s’habituer à chaque engin sur lequel on monte, mais dans l’ensemble je suis plutôt fière de moi. Parfois quelques petites frayeurs, mais aucun incident majeur à déclarer. Petite anecdote rigolote : j’ai failli me faire renverser par ... Une marmite !!
hier matin. Je roulais tranquillement sur le goudron en centre-ville et je m’apprêtais à doubler (par la droite, c’est comme ca ici !) un taxi-moto (moto à trois roues) qui circulait avec son immense tas de marmites habituel (on se demande toujours comment ca peut tenir ...), mais là, l’une d’entre elles à décidé de se lancer à l’aventure et a dévalé le tas pour rebondir avec fracas sur la route et traverser jusqu’au bord. J’ai à peine eu le temps de freiner et de faire un dérapage pour l’éviter, et elle m’a frôlé la jambe de justesse. Ouf ! Quelques mètres avant et c’était ma tête qui amortissait sa chute ! Plus de peur que de mal, et des moqueries de la part de mes amis qui m’assurent que cela ne peut arriver qu’à moi ... Merci les copains ! :D

Voili voilou pour aujourd’hui, à très très bientôt pour raconter mes aventures à Nazinga, et ... le paludisme qui m’a poussée aux portes de la mort... 
Nindiaré ! (à plus tard !)

Tuesday, June 18, 2013

Interculturalité, le choc des civilisations au Burkina Faso

Vieux père qui vient toujours me faire
la causette
      Après plus de trois mois passés ici, la vie suit toujours son cours, même si j’ai l’impression que le temps passe à une allure folle...

Dans ma cour, tout se passe bien. Le vieux est très gentil, et je parle bien avec mes voisins, sauf un grincheux, mais c’est pas grave, je lui souris quand-même ! Seule petite anecdote, une des familles (le couturier, sa femme, sa mère et leur fils) ont dû quitter la cour, car la semaine dernière, à mon retour du travail, un attroupement de 50 personnes criait devant l'entrée de chez nous, l'Imam et une de ses femmes tentant de calmer les choses: apparemment, la femme du couturier est bagarreuse, et s'est battue à presque se tuer avec la tresseuse de devant la porte. Les gens ont dû les séparer, et comme cela fait 5 fois qu'elle déclenche des hostilités avec d'autres dans la cour ou devant, l'Imam, pour calmer les esprits, lui a demandé de quitter les lieux. Ils ont déménagé vendredi, et un jeune militaire a pris tout de suite la place.
Pour ma part, je ne me mêle jamais des histoires, et je ne cherche jamais à savoir, je fais ma vie sans déranger et garder la tranquillité, d'autant qu'une blanche se doit d’œuvrer fort pour être acceptée et respectée dans la communauté. En restant en dehors, j'empêche les choses de se compliquer.

Sinon, hier soir, j’ai été invitée chez une de mes voisines avec qui je ris beaucoup, pour manger le tô. 
Elle a pu un peu me raconter son histoire, qui, comme très souvent ici, n’est pas des plus heureuses... Et pourtant, son sourire reste rayonnant, et son rire rauque traverse la cour de part en part.

Cadi était commerçante avec le Mali, son pays d’origine, d’où elle ramenait des pagnes (tissus), qu’elle revendait ici. L’argent rentrait, et elle avait même sa propre maison dans le centre.

Le 1er septembre 2009, les inondations frappèrent la ville de Ouagadougou, tuant des centaines de personnes et submergeant des quartiers entiers. De nombreuses personnes, dont ma voisine Cadi, y ont tout perdu ... Lors de la catastrophe, elle était en déplacement au Mali, et à son retour ... Elle découvrit sa maison sous l’eau, pillée par les voisins et les voleurs profitant du chaos régnant dans toute la ville.

Elle n’avait plus rien et a dû vendre le peu qui lui restait pour survivre et louer la petite chambre dans laquelle elle vit actuellement . Cela fait 3 ans maintenant qu’elle vit de la débrouille, vendant du bissap, du savon, de l’encens, du dégué ... qu’elle fait elle-même, et faisant la cuisine (sénégalaise et malienne) lors de mariages, baptêmes et autres. Ici, lorsque quelqu’un passe d’un « rang » de la société à un autre, il « perd ses ailes ». Comme le dit leur dicton « chaque espèce d’oiseau a ses plumes et ses ailes, et ne se mélange qu’avec ceux qui lui ressemblent. ». Si tu perds tes plumes et tes ailes, tu ne peux donc plus voler aux côtés de ceux qui étaient tes «amis ». Tu tombes, et change d’espèce, te retrouvant bien souvent très seul, livré à toi-même. Malheureusement, c’est comme çà que cela fonctionne ici. C’est la loi du plus fort.
Cadi a donc changé de fréquentations et reste bien souvent à la maison, refusant de montrer son nouveau nid à ses anciennes camarades.

Petit voisin
Dans la société burkinabè, et en Afrique en général, si je ne m’abuse, rien n’est acquis à ta cause, tout peut chavirer. Un conflit politique, un pays voisin, ou même ton pays entrant en guerre, une catastrophe climatique, un accident ... Tout peut arriver, puisque tout est balloté sans arrêt entre périodes calmes et avis de tempête. Pour cela, les gens se lèvent chaque matin en remerciant dieu de leur avoir donné la chance d’être encore là. 
C’est une manière de concevoir la vie totalement différente de la notre. Nous construisons notre futur, projetons des événements, organisons notre avenir. Ici, on vit au présent, on s’organise au jour le jour, on cherche seulement à être heureux au présent, à manger à sa faim aujourd’hui. Le but à atteindre : construire une famille. Il faut se marier et avoir des enfants, rien d’autre. 
Lorsque je demande pourquoi, on me répond qu’on ne sait jamais de quoi sera fait demain, et qu’il faut qu’on se souvienne de nous. La descendance est le seul moyen d’y parvenir : les enfants parleront de leurs parents et les représenteront dans le futur...

Se confronter à ces idées permet de s’ouvrir, et de mieux comprendre ce qu’on ne palpait pas de l’autre côté du monde. 
Cependant, il est difficile de leur expliquer que notre but est différent, que nous souhaitons réaliser nos projets, nos rêves, et que même si nous le désirons, les enfants ne sont pas notre but principal si notre situation financière et nos projets ne nous le permettent pas. Pour ce qui est du mariage, hors de question ici d’avoir des enfants avant le mariage, quelle que soit la religion. La femme peut être répudiée. Il faut se marier, puis avoir des enfants.

Lorsque je leur explique que chez nous, dans ma propre famille, les parents peuvent avoir les enfants puis se marier, les gens sont stupéfaits, et me disent que c’est « contre nature ». 
Ne parlons pas du mariage gay, qui a fait la une des journaux ici pendant plusieurs semaines. C’est maintenant, avec le conflit au Mali, le premier sujet de conversation des burkinabè lorsqu’ils rencontrent un/une français(e). Calmement, il faut expliquer l’homosexualité, les discriminations similaires que vivent les homosexuels et les immigrés en France, leur place dans la société... Petit à petit, les esprits s’ouvrent, et parfois même, certains changent d’avis. Un petit pas pour moi, mais un grand pas pour leur société ... Ici, c’est la mort presque assurée pour un homosexuel qui choisit de s’affirmer, et le sujet reste encore très tabou, vue la vision qu’ils ont de la descendance, comme je l’ai cité au dessus.

La place des femmes dans la société au Burkina Faso, quant à elle, est complexe. Comme je l’ai dit plus haut, le but est de se marier et d’avoir des enfants. Et après ? Ensuite c’est Madame qui s’occupe de tout, de la naissance à l’âge adulte : entretien de la maison, repas, lessive, et ... affection.
L’homme, lui, travaille au dehors pour ramener l’argent à la maison. Cela peut paraître plutôt équitable, mais la réalité est bien différente !

Par honte face au regard de la société, l’homme refuse que la femme travaille, même si celle-ci le souhaite, la menaçant de la laisser, ou de la chasser avec ses enfants.

L’homme sort très souvent seul dans les maquis pour y boire des bières, pendant que la femme reste à la maison pour s’occuper des enfants. Beaucoup de jeunes filles prêtes à tout fréquentent ces endroits, souvent issues de familles pauvres ne pouvant subvenir à leurs besoins, vivant de débrouille, souvent immigrées de Côte d’Ivoire, du Mali ou du Niger, loin des leurs, à cause de la guerre ou de la misère. Illettrées pour certaines, ayant arrêté les études très tôt à cause du manque d’argent pour les autres. Et les hommes en profitent. (Pas tous !) 
La polygamie est elle aussi très répandue dans la société. Exemple : mon propriétaire, l’imam du quartier. Il vit entouré de ses deux femmes et de tous ses descendants. Mais certains n’acceptent pas tous leurs enfants, et les femmes, si elles souhaitent rester au sein de la famille auprès de leur mari, se doivent de les chasser, les envoyant directement dans la rue, ou dans toutes sortes de trafics.

Lorsque je discute en tête à tête avec des femmes, les avis sur le sujet sont partagés. Certaines me soutiennent que de partager les tâches du quotidien avec d’autres est un moyen de soulager le travail qu’elle devrait accomplir seule. Mais d’autres disent qu’elles ont tout de même du mal à supporter de partager leur mari, qu’elles le voudraient pour elles seules, mais que c’est comme çà, qu’il faut faire avec. Et souvent elles sourient, d’un sourire triste et pensif. 

Les enfants n’acceptent pas tous non plus la polygamie de leur père, qui ne donne pas la même valeur à tous ses enfants, ou petits-enfants suivant la femme, la mère qu’il préfère. Plusieurs de mes amis m’ont dit qu’ils refusaient de reproduire les « erreurs » de leur père, comme ils l’appellent, et de ne prendre qu’une seule femme. Quand je demande pourquoi, ils m’expliquent avoir vécu la souffrance de leur mère, leurs pleurs, leur tristesse. Ils ne veulent pas faire souffrir à nouveau et faire vivre la même chose à une autre femme. Les enfants « moins-aimés » ont aussi de la rancœur et ne souhaitent pas que cela soit le cas de leurs enfants. Les jeunes semblent moins enclins à ce type de coutume, même si certains continuent à le pratiquer.
Cours de langues: français, allemand, anglais: 
"cet homme est un grand buveur de bières." Ahahah!
En somme, nos cultures restent très lointaines malgré la langue qui nous lie. Qui a raison et qui a tort ? Pouvons-nous, en bon colons, soutenir que la vérité vient de chez nous ? 

L’interculturalité, le choc des sociétés, nous oblige sans cesse à nous remettre en question sur notre vision de la vérité, de ce qui est bien ou mal, de la souffrance et de la liberté que j’ai toujours défendue et continuerai à défendre avec ardeur, mon féminisme sous le bras. 

La culture, les traditions, ont toute leur place dans cette lutte, et c’est en s’y plongeant que les choses pourront avancer en profondeur.

Thursday, June 13, 2013

Vous avez dit logement à Ouagadougou ? La course contre la montre ...

Je ne pouvais pas ne pas dédicacer un post sur le logement après toutes mes aventures !

Après ces vacances bien méritées, me voilà de retour dans la capitale.

Vitre avant du camion Kamzaka
Manque de chance, le propriétaire de la maison dans laquelle je vis a décidé subitement après les élections municipales qu’il a remportées (il est du CDP, le parti de Blaise Compaoré), de construire dans la cour où je suis installée, et donc de me mettre à la porte ... en moins d’une semaine !
Il faut savoir que ce même parti politique en place au gouvernement depuis le 4 août 1987, a voté il y a à peine quelques mois une loi obligeant les propriétaires à déloger leurs locataires avec un préavis de 3 mois ... Je vous laisse donc faire le décompte et nous verrons que nous sommes bien loin du compte !

Le Nescafé de Ouaga au kiosque,
l'incontournable
Je suis plutôt contente de laisser ce propriétaire, capable de me réveiller au milieu de la nuit par des coups de feu parce qu’il poursuit un chat pour le tuer et le manger ensuite avec ses employés, ou de me parler en me pointant le laser du viseur de son arme sur le corps sans s’en rendre compte. Et je ne parle pas des prostituées de moins de 20 ans qui défilaient tous les soirs alors que sa dernière femme habite juste derrière...

Malgré tout, çà me fait un petit pincement au cœur, car je me suis habituée à ma maison, au voisinage, j’ai pris mes habitudes tout ca tout ca, mais bon, c’est la vie !
Pour ce qui est de la recherche d’un logement et du déménagement à la burkinabè, je vais tenter de vous imager du mieux possible les situations rocambolesques que j’ai pu vivre jusqu’au bout.

Pour commencer mes recherches, je me suis adressée à mes amis autour de moi, pour me faire expliquer comment ça marche ici. Il faut savoir qu’à part dans le « quartier des blancs » à Ouaga 2000, et dans la zone du bois, où les expatriés se concentrent, il n’existe pas d’agences immobilières comme on en a chez nous. 

Ici ce sont des « démarcheurs » comme on les appelle, qui sillonnent un quartier de la ville déterminé, et notent les numéros de téléphone peints sur les murs des maisons vides, questionnent les habitants dans les cours, et écoute le bouche à oreille.
Ma nouvelle chambre
Ils notent alors ça dans un petit carnet qu’ils gardent précieusement dans la poche de leur chemise, et lorsque tu les contactes par le bouche à oreille, ils le consultent et te listent les offres.

Voilà donc ma mission : trouver les deux démarcheurs pour les zones de Kologh-Naaba et Cité An 3, et leur demander s’ils ont quelque chose à me proposer ne dépassant pas 50 000 FCFA par mois dans leurs quartiers. 
Pour les trouver, il faut connaître quelqu’un qui les connait, donc tourner pendant plusieurs heures sous le soleil, de kiosque en kiosque, de maquis en maquis, de cours en cours, jusqu’à tomber sur son numéro de téléphone ou le démarcheur lui même sirotant un Nescafé, une clope au bec, à l’ombre d’un tout petit kiosque de quartier.

La cuisine
Puis, j’enfourche la moto derrière le démarcheur, et c’est parti pour de loooooongues heures à errer de cour en cour, à demander les propriétaires qui tardent chaque fois à venir, à chercher les clefs pour visiter ... Tout cela, rémunéré à 2000 FCFA la visite, qu’il faut donc multiplier et que le démarcheur se met dans la poche ... En plus des intérêts qu’il prend ensuite sur l’accord entre le propriétaire et son locataire : c’est donc international, mais simplement moins au noir chez nous !! :D

J’ai donc passé tout mon vendredi après-midi, mon samedi jusqu’à très tard le soir et mon dimanche après-midi, alors que Didac reprenait l’avion et que j’aurais aimé être avec lui, et tout mon lundi, dernier jour pour trouver, car je dois rendre les clefs le soir-même... RIEN RIEN RIEN !! Je commence sérieusement à me demander si je vais trouver ... 18 :00 : ENFIN !! L’Imam du quartier de Widin (Kologh-Naaba), me loue sans loyer d’avance et sans caution, un trois pièces dans sa cour familiale, pour seulement 35 000 FCFA, charges non-comprises.

La terrasse
Seul hic : la maison sert de débarras, de garage à vélos, et d’abris pour le bétail (il y a un troupeau de moutons qui vit avec nous dans la cour), sans porte, sans clef, et sans électricité ... et il me faut y dormir la nuit ! 
Branle bas de combat, la famille range, lave et ordonne jusqu’à 22 :00 les lieux, pendant que je repars en direction de mon ancienne maison et de Kamzaka, pour récupérer mes affaires et trouver un matelas pour passer la nuit. 

Il fait nuit noire quand j’obtiens le camion du centre, un « France-au-revoir » comme ils disent ici, pour aller jusque là bas et revenir. Pour vous décrire le camion : la vitre avant, comme dans la majorité des véhicules ici, est fendue sur tout un côté avec l’impact d’on ne sait quel objet. 
La portière passager ne ferme pas à tous les coups, et parfois il faut la tenir avec un fil qu’on accroche à un endroit qui permet d’empêcher l’ouverture trop brutale en pleine circulation. 
Ma nouvelle salle de bain-WC
(le trou à droite pour les besoins, le banc pour
déposer ce dont tu as besoin pour te doucher)
La porte coulissante à l’arrière où les enfants peuvent s’asseoir sur les banquettes est elle aussi cassée, et reste parfois ouverte tout le trajet. Et bien sûr, petite touche finale, il faut pousser 1 fois sur deux pour que ca démarre ... Comme le jour de mon arrivée dans le pays, devant l’aéroport à 2 :30 du matin ! :D
C’est en pleine tempête de sable que nous sommes arrivés au centre. Les enfants, dans la poussière qui fouette le corps et remplit la bouche et Amidou, le surveillant de nuit, nous ont aidé, Mexicain, le chauffeur et moi, à transporter deux matelas (dont un sur le toit, qui est tombé au bout de quelques mètres et s’est mis à voler dans tous les sens ! :D).

Puis, direction mon « ancien » chez-moi. Pas d’adieux aux lieux, car pas le temps : toutes mes affaires ne sont pas non plus ramassées, car j’ai passé 3 jours à visiter et travailler, sans avoir le temps de tout finir. Je remplis des sacs plastiques de ce qu’il reste, je fais un tas à l’entrée, et on ait la chaîne dans la tempête et le vent. Au moins, il y a encore l’électricité !

Je ne voulais pas rendre tout son loyer (30 000 FCFA) à mon propriétaire qui m’avait mis dans un beau pétrin ! 
Terrasse, porte d'entrée, fils électriques ...
Comme d’habitude, il fait le prince, assis sur des chaises sur sa terrasse protégée du vent et boit tranquillement un thé en nous regardant nous activer. Je m’approche et avec un large sourire, je lui tends 20 000 FCFA. Il me regarde, et je lui réponds : le reste, je l’ai donné aux démarcheurs et au nouveau propriétaire. Il ne peut qu’accepter, face à tous ses amis politiciens du coin, qui regardent la scène. « D’accord, ya pas de problème ! » me répond-il... 
Ici, quand tu es en « conflit » avec quelqu’un, s’il n’est pas d’accord mais ne veut ou ne peut rien dire, « ya pas de problème / yellekabé (traduction en mooré) » traduit son état d’esprit. C’est le cœur léger, mais un peu mélancolique, que je lui rends ses clefs, en vidant en même temps le frigo des restes qui m’appartiennent, dans le stress du départ, les autres patientant déjà à l’extérieur.

Ma nouvelle pièce à vivre, avant.
Voila ! la porte se referme, et c’est une nouvelle qui s’ouvre ! 
On repart rapidement vers ma nouvelle demeure en croisant les doigts pour que le ménage ait été fait, et que les bidons Total, les vélos, outils de menuiserie, échelles, planches ... aient disparu, pour que je puisse dormir avec un toit sur la tête. Ouf ! C’est bon ! seul problème, il n’y a pas de serrure et d’électricité, au moins jusqu’au lendemain ! je dors donc sur mes objets de valeur (ordi, portables , argent, sac à main, etc.) dans une chaleur étouffante sans ventilateur, mais je ne dors pas dehors !!!
Le lendemain, après une très courte et mauvaise nuit, c’est l’épisode électricité et serrure... Encore une aventure ! J’ai dû rester toute la journée à la maison, sans même pouvoir aller faire des courses, pour surveiller mes affaires et l’attendre ... Il doit revenir demain... Nouvelle nuit sans serrure, mais au moins cette fois, il y a une porte !

Ma nouvelle pièce à vivre, après.
L’électricité, quant à elle, est rétablie, et je suis branchée sur le compteur du « vieux » (on appelle comme ça les anciens ici), par une installation ... à couper le souffle ! Un petit fil traverse l’arbre devant ma porte, enroulé ensuite autour d’une branche, un vieux clou le fait tenir sur le mur, et il virevolte ensuite, pendu à ce qui se trouve sur son passage, jusqu’à la maison du vieux, plus loin dans la cour.

Nous sommes une 15aine de personnes à partager la cour qui fait environ 20 m2 : la famille de l’Imam (ses deux femmes et sa mère, trèssssss âgée), leurs enfants (trois garçons et une fille)et petits enfants (4 enfants, allant de 3 ans à 12 ans). L’un d’eux est couturier et son atelier est dans notre cour. Puis nous sommes trois locataires éparpillés autour : un célibataire un peu coincé, une femme seule de 35 ans environs célibataire au caractère bien trempé, et moi . eheheh !

Nos compagnons quotidiens
C’est toujours animé, avec les poules et leurs petits, les moutons (et leurs bébés qui viennent de naître), les enfants qui crient pour le bain et jouent bruyamment, le couturier qui joue du balafon à ses heures perdues et les femmes qui discutent vivement des histoires du quartier et des prix des condiments de base et du gaz qui ont augmenté. Sur la droite, le robinet et la grosse barrique servant à recueillir le précieux liquide pour toute la cour : nos douches, la lessive, la vaisselle, les bouilloires (qui servent à aller aux toilettes, sortes de bouilloires en plastique coloré), et toutes les autres activités de chacun. Il suffit d’y prendre l’eau à l’aide d’un récipient en plastique et de remplir son seau. 
Au milieu, le linge, pagnes de toutes les couleurs, habits pour bébés et chemises pour les hommes, est étendu sur toute la longueur de la cour, à hauteur d’homme, obligeant celui qui veut passer à se baisser et passer la main à travers pour se frayer un chemin. Je me sens bien dans cette ambiance, où la solitude ne peut jamais nous gagner, mais où chacun vaque à ses occupations. 

Le camion de Kamzaka au démarrage
Mes amis, qui se trouvent pour beaucoup dans le quartier, viennent me rendre visite régulièrement, et les soirées sur ma petite terrasse ou dans ma pièce à vivre, sont toujours animées !

Voilà pour le moment, il me reste tant à raconter encore, mais je suis vraiment très occupée ces derniers temps, et je continuerai donc au prochain épisode, ce weekend j’espère, sur mon quotidien, ma moto fraîchement acquise, mes soirées inoubliables, et des anecdotes plutôt surprenantes !


A très vite !

Tuesday, May 28, 2013

11 Mai, Hommage à Bob Marley


Baignade
Après notre retour et une bonne nuit de sommeil bien mérité ... (Nos fesses se souviennent de Banfora !), nous partons pour une nouvelle journée découverte à moto, avec Salif, le petit frère d’Idrissa. 
Nous commençons par Dafra, lieu animiste en pleine forêt. Avant de partir, il ne faut pas oublier d’acheter un jeune poulet sur la route, pour l’offrir en sacrifice afin d’accéder au lieu de culte.

Dafra
Nous nous arrêtons donc au bord du goudron en sortant de Bobo, et le poulet continue le trajet pendu par les pattes au guidon de Salif, la tête en bas. Ici, il est tout à fait normal de voir des motos d’où pendent un vingtaine de poules qui poussent des gloussements à chaque arrêt.
Après un (trop) court temps sur le goudron, nous commençons à nous enfoncer en brousse par une piste de terre rouge serpentant entre des arbres. Nous y croisons des femmes, un panier sur la tête, qui récoltent des pierres, ainsi que des baies qu’elles iront vendre au marché. D’autres vont couper du bois, ou cultiver, marchant sur des kilomètres sans âme qui vive.

Dafra, mare aux poissons sacrés
Après avoir passé un pont en pierres abandonné, sur lequel deux enfants sortis de nulle part nous ont poursuivis pour nous serrer la main, descendu des pierres comme sur un terrain de moto-cross, escaladé des racines en croisant les doigts pour ne pas percer un pneu, nous sommes arrivés sous l’arbre à partir duquel il faut marcher à pieds.

Les paysages sont à couper le souffle, de la verdure à perte de vue, des falaises impressionnantes tombant dans une forêt luxuriante, et des points de vue dignes du Roi Lion !
Arbre sacré de Koumi
Au loin, la masse sombre des arbres centenaires entourant le lieu de culte se rapprochent doucement. Nous croisons des groupes de pèlerins avec leur poulet au bras, ou remontant vers la civilisation après leur offrande.

Koumi, village en terre cuite
Nous finissons par descendre des rochers sous une voûte de verdure, pour arriver enfin au pied d’une cascade, sur un très large rocher plat jonché de sang séché ou frais, de plumes de toutes les couleurs, de boyaux envahis par les mouches, et de peaux de bêtes (agneaux, chèvres), dont l’intérieur est exposé à la vue du visiteur. Une odeur âcre s’échappe des feux allumés par les féticheurs qui brûlent les plumes des poulets avant de leur ouvrir le ventre pour en récupérer les entrailles que nous devons ensuite servir en offrandes aux poissons sacrés sur une plateforme juste en dessous. Puis ils font griller le reste et l’engloutissent.
Koumi
Le vieux se lève, s’approche de Salif, et lui prend le poulet des mains. Il nous somme ensuite de le suivre jusqu’au rocher des sacrifices, sur lequel il égorge le poulet puis le laisse se débattre jusqu’à la mort. Didac doit tourner les yeux pour ne pas vomir. La position du poulet lorsqu’il a fini de se battre avec la mort est très importante. S’il fini sur le ventre, alors c’est une personne intègre et honnête qui a fait le sacrifice, et le voeu sera exaucé. Cependant, si le poulet finit sur le dos, une part
Guinguette, pont suspendu
sombre habite la personne, et le voeu coûtera à nouveau un poulet, afin qu’il finisse par se coucher sur le ventre.
Une fois nos boyaux en main, nous nous approchons des rives de la mare aux poissons sacrés après avoir descendu quelques rochers en pente rude. Les poisson-chats sont énormes, et atteignent parfois 1 mètre de long.
Nous remontons ensuite à travers ce paysage de contes et repartons vers le centre pour nous restaurer, même s’il nous aura fallu le trajet pour nous remettre.

La Guinguette
Après cette pause méritée, nous visitons Koumi, village en terre rouge, typique de la région, et qui garde ses traditions telles qu’elles. Le village est spécialisé dans la poterie (les « canaris » comme on les appelle ici, sortes d’immenses jarres qui servent à conserver les aliments, et dans la préparation du Dolo). Les forgerons fabriquent quant à eux des outils pour l’agriculture et des ustensile pour la cuisine.

Pour finir, nous nous sommes dirigés vers la forêt de la Guinguette.
C’est aussi un lieu sacré de culte, mais aussi et surtout une réserve protégée, où les animaux repeuplent doucement les arbres et le cours d’eau.

Nous avons marché, accompagnés de notre guide garde-forestier, sous des lianes, des arbres dont la cime ne nous apparaissait même pas, entre des fougères plus hautes que nous ...
Une nature luxuriante nous permettant de nous revigorer un peu, au son des oiseaux et animaux sauvages qui peuplent les lieux.

Le soir, pour l’anniversaire de la mort de Bob Marley, qui est très largement fêtée dans le pays, des concerts de reggae sont organisés dans toutes les villes du pays. Nous sommes donc allés assister au concert live de Samska le Jah au Théâtre de la ville en plein air. Un moment de transe inoubliable...
Pêcheurs de Bala
Bala
Des centaines de personnes sont agglutinés sur les gradins, assis en haut des panneaux publicitaires à plus de 8 mètres du sol, les pieds au vent. Tout le monde saute dans tous les sens au rythme des chansons et des différents artistes qui sont venus en première partie de l’artiste. Lors de son entrée en scène, c’est la liesse dans le public, tout le monde crie son nom, des gens grimpent sur la scène pour être filmés ou photographiés à ses côtés, et c’est l’émoi pendant toute la durée du show. 
La chair de poule hérisse nos poils. 
Un grand moment de reggae politique, rythmé par des propos violents à l’égard des dirigeants en place dans le pays et tous les pays voisins, ainsi que contre « l’empire colonialiste français et européen » qui vient piller les richesses de l’Afrique en instaurant des dictatures. Il faut se faire petits et applaudir !

Pêcheur de Bala
Le lendemain, nous partons pour Bala et sa mare aux hippopotames. C’est un site classé et protégé, parc classé forêt biosphère par l’Unesco depuis 1987. La chasse et l’élevage y sont interdits, et la pêche y est très réglementée.
Les pêcheurs, qui nous font visiter le lac à bord de leur pirogue de pêche, et le garde-forestier, nous ont réservé un accueil plus que chaleureux, et nous avons beaucoup ri !

Mare aux hippos, Bala
Le lac est magnifique, entouré de verdure et de forêt en tunnels dignes de paysages équatoriaux d’Amérique du Sud. De nombreuses espèces d’oiseaux y ont élu domicile, plus majestueux les uns que les autres. Et à quelques mètres de nous, les hippopotames nous réservent de belles surprises, se faisant laver par des oiseaux posés sur leurs têtes, et profitant d’un après-midi en famille.
Bala
Une belle promenade !

Puis, direction Koro, un village troglodyte perché sur une colline. Ce village est peuplé d’agriculteurs, de commerçants et de forgerons , qui ont décidé d’élire domicile sur ce promontoire au XIXème siècle, afin de se protéger de l’invasion et de la colonisation des musulmans de Traoré.

Le puit alimentant le village en eau est en bas de la colline, et les femmes doivent faire le trajet à travers les rochers, un seau sur la tête, matin et soir pour se ravitailler. Une escalade impressionnante.
Koro
Il existe deux types de fétiches, comme à Bobo, par maison (sur le toit, ou bien incrusté dans l’entrée de la maison), et collectifs. Et ces fétiches se distinguent par ceux dits de vœux (un nouveau travail, des enfants, des jumeaux, de l’argent ...) et ceux de protection (de la famille, contre les maladies, la faim...). Lorsque les vœux se réalisent ou que la famille se sent protégée, on offre un poulet qu’on égorge sur le fétiche avant d’étendre le sang sur le sol en guise de remerciements.

Nous rentrons fatigués mais la tête bien remplie sur Bobo.
Fétiches dans le village de Koro

Le lendemain, nous achetons des mangues (très recherchées sur Ouaga qui n’en produit pas), qui s’appellent « mangues-ananas » pour leur goût intense proche de l’ananas et leur taille impressionnante de la taille d’un ballon de foot.
Une distribution sera faite lors de notre retour, pour régaler les papilles de nos amis ouagalais.

Le carton (acheté pour 100 FCFA à un vieux spécialisé dans la vente de cartons réutilisés : recyclage !) est chargé dans les soutes du bus, aux côtés des motos, sacs de riz, de mil, et de toutes sortes de victuailles ou matériaux en tous genres, et hop ! c’est parti ! A coups de klaxons toutes les 15 secondes sur tout le trajet bien sûr !
Koro, village perché

Un gros dodo, et je réattaque le boulot le jour suivant !