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Thursday, December 3, 2015

Vive le Burkina Faso Démocratique!

Unir un pays désuni, être un chef d’Etat, n’est pas donné à tout le monde. 
Il faut du charisme et de la détermination, particulièrement sur le continent africain. 
Rares sont ceux qui ne s’oublient ou ne se perdent pas, tout comme chaque être humain qui se retrouve face à son destin et ses responsabilités, il faut garder le cap, sans oublier d’où l’on vient. 
Mais c’est ce qu’a fait Nelson Mandela, qui a, contre toutes attentes, réussi à unir l’un des pays les plus multiculturels du continent.
Cela n’est donc pas impossible. Mais c’est une tâche extrêmement ardue dans un pays transitionnaire comme le Burkina Faso. 
Après les événements du 31 octobre qui nous ont tous marqués par leur calme et leur impact, tout se balance.

Je me souviens encore des cris de la foule lorsque nous nous dirigions vers le Parlement : « Blaise dehors ! Blaise dégage ! Libérez Kossyam ! Libérez Kossyam ! Libérez Kossyam ! »
Une ferveur partagée par tous, se diffusant à travers la ville, le pays, le peuple, hommes et femmes unis malgré les différences ethniques et religieuses. Un peuple prêt à tout, même la mort, pour chasser le pouvoir en place depuis trop longtemps.

Mais ce n’était que le début d’une longue aventure pour le Burkina Faso, pays des Hommes Intègres.

Photo: L.Godeau (31/10/14)
Il faut admettre qu’on a été de surprises en surprises, et le plus époustouflant, c’est que cela s’est fait contre toutes les allégations et les déclarations de par le monde : « ce n’est pas parce que Blaise est parti que ça va changer », « les burkinabè ne sont pas prêts pour la transition, cela ne va pas marcher », « les militaires vont finir au pouvoir », etc.

Il est vrai que cette année 2015 a été éprouvante pour le Pays et ses habitants, tant sur le plan économique, de l’emploi, que sur le plan politique.

La situation « instable » n’attire bien sûr pas les investissements étrangers, et personne n’ayant confiance en l’avenir, tout a stagné, aucune nouveauté, aucune prise de risque… De quoi compliquer les choses au jour le jour quand il faut chercher l’argent pour vivre ou survivre...

Au niveau politique, nous avons eu droit à un rebondissement par mois, ce qui n’a permis à personne de dormir sur ses deux oreilles ou de circuler en paix :
-          - Le RSP empêche le Conseil des Ministres du 4 février 2015 ;
-          - Marches du 4 au 7 février contre la vie chère ;
-          - Grève des 17 et 18 février pour la baisse des prix du carburant ;
-          - 7 avril : tensions entre les partisans du régime de transition qui soutiennent la modification du code électoral visant l’exclusion des membres du gouvernement déchu de Blaise Compaoré de compétir aux élections présidentielles et législatives du 11 octobre 2015, et les membres de l’ex parti majoritaire, le CDP, qui rejettent toute forme d’exclusion qu’ils jugent anticonstitutionnelle ;
-          - 8 au 15 avril : appels à manifester et grève générale au Burkina : plus d’essence, plus de Brakina, plus d’eau, plus d’électricité pendant plusieurs semaines, c’est presque insoutenable ;
-          - 25 avril : marches de soutien au gouvernement de transition dans tout le pays ;
-          - Du 29 juin au 2 juillet : tirs au camp de Naba Koom opposant le RSP et Zida ;
-          - Putsch les 16 et 17 septembre : Gilbert  DIendéré, le bras-droit de Blaise Compaoré  et chef du RSP, décide de prendre le pouvoir par la force à Kossyam, le palais présidentiel. Il décide d'organiser un coup d’État en prenant en otage le président de la transition Michel Kafando, son premier ministre Isac Zida (N° 2 du RSP) et deux autres personnalités du pays. Il annonce aussi la dissolution de toutes les institutions de la transition.

Résultat : 14 morts (minimum) et plus de 251 blessés…

Mais, malgré tout cela, aussi surprenant que cela puisse être pour la communauté internationale et tous ceux qui ont pu suivre le cours des événements, le Peuple burkinabè est plein de ressources et a su, une fois encore, se relever sans trop d’égratignures.

On entend souvent des raccourcis sur l’Afrique et surtout ses gouvernements, souvent chapeautés par les pays occidentaux « anciens » colonisateurs.
Quand on regarde les informations et qu’on parle d’un soulèvement en Afrique, ou d’un putsch, la réaction la plus répandue est « comme d’habitude en Afrique », « de toutes façons ce ne sont que des dictateurs qui asservissent la population », « il n’existe pas de réelles élections en Afrique », etc. Et j’en passe et des meilleures !

Pourtant, l’Afrique change, certes pas aussi vite qu’on  le voudrait, mais les élections du 29 novembre dernier en sont la preuve : à force de luttes, de manifestations, de mobilisations, le Peuple peut avoir raison de ce type de gouvernants, ou de putschistes. 
Il suffit d’y croire et d’unir ses forces. Le pouvoir de chacun, de chaque main, chaque voix, est ainsi mis en avant. Et on en a besoin en ces temps troublés par les terrorismes en tous genres et l’individualisme ambiant.

Photo: L.Godeau (31/10/14)
Oui, l’Africain sait se construire et décider pour lui-même, il suffit de lui laisser les moyens de le faire, et de ne pas l’étouffer sous le poids des instances internationales, des IDE, des calculs FMIstes ou de la Banque Mondiale, et du pillage de ses matières premières et de ses cerveaux, obligés de s’expatrier pour trouver du travail à la hauteur de leurs diplômes.

Certes, certains s’élèveront pour me dire que le nouveau président est un ancien du régime ayant gouverné durant 27 ans, mais là n’est pas le problème ! Le Peuple a choisi, c’est ça qu’il faut retenir ! Et puis, pourquoi ne pas attendre de voir avant de faire des allégations sur quelqu’un qui n’a jamais vraiment eu les moyens de se faire entendre, même sous l’ancien gouvernement. 
Il ne peut dorénavant plus se comporter comme avant, car la population l’attend au tournant et le regarde ! 

Et puis, c’est bien beau de critiquer les autres, quand on voit qui passe aux régionales en France et monte dans les sondages pour les prochaines présidentielles ! Rien à voir avec les idées du MPP burkinabè et de Roch Kaboré, le nouveau président !! 

A l’Europe d’apprendre maintenant de l’Afrique : regardez, il est possible, en descendant dans la rue, en agissant, de faire changer les choses, même ce que l’on pensait impossible ! Ne lâchons rien, mais pour cela, il faut un peu de courage, de tripes, pour se mouiller et ne pas craindre les représailles.


Photo: L.Godeau (31/10/14)
Vive le Burkina, vive le Peuple intègre ayant tourné une page de son Histoire, la Patrie ou la Mort nous vaincrons !

Thursday, July 30, 2015

Le Passe-Murailles, amour café au lait

L’Amour est universel, mais la culture, elle, est attachée à un lieu ou un groupe de personnes partageant les mêmes idées sur le monde qui les entoure.
Ce qui nous permet d’avoir le courage de traverser des frontières, culturelles ou physiques, c’est l’amour. Il crée un attachement dépassant de nombreux obstacles.
Et des obstacles, il y en a ! 

Tout d’abord, dans la compréhension et l’analyse des choses qui nous entourent.
L’approche d’un terme, d’un geste, d’une expression ou d’un comportement peut, par l’interprétation qu’en fait chacun influencé par son environnement, être source d’incompréhensions ou de fous rires. Il faut parfois plusieurs jours pour finir par déceler la différence.

Parlons-en, tiens, de la différence … Un autre obstacle mais aussi une richesse. Au niveau des liens sociaux, la différence est grande entre deux cultures. 

D’un point de vue familial, dans la culture occidentale et dans ma culture familiale personnelle, l’un n’allant pas sans l’autre, les liens sont importants, mais une grande indépendance est laissée à chacun. Nous ne sommes pas dans l’obligation de rendre des comptes sur notre vie, et, même si nous devons assumer notre famille et tout ce qui y est attaché, passé, présent, conflits, liens, maladies, cicatrices, divorces, etc. le poids pesant sur les épaules des plus jeunes est à l’intérieur, dans le cœur, et ne se traduit pas forcément dans les rapports « physiques » au reste de la famille.



Dans la culture africaine, ces liens sont extrêmement différents, et la famille est un poids immense reposant sur la descendance. Même si nous devons parfois, nous aussi, prouver notre valeur, ici c’est une obligation envers la famille : ne pas décevoir, faire mieux que la génération d’avant, et, comble de la réussite, pouvoir subvenir aux besoins du reste de sa famille, sa femme et ses enfants d’abord, mais aussi, de ses parents. 
Pouvoir permettre au père et à la mère de vivre dans de bonnes conditions grâce à l’argent accumulé par l’enfant est une fierté et engendre le respect de la part des proches et de la société en général. Mais cela a aussi ses inconvénients, car si l’on a l’impression de ne pas être à la hauteur, le moral peut en prendre un coup.

Se marier, c’est prendre la décision de vivre sa vie auprès de l’autre, dans les bons et les mauvais moments, c’est décider de partager ce qu’on ne partageait pas jusque-là et de s’ouvrir à l’autre, celui qu’on a choisi et qui nous a choisi. L’Amour c’est la même chose. Il faut accepter celui qu’on aime avec ses qualités et ses défauts. Et il faut rester vigilant à ne pas l’oublier, et toujours lutter pour garder l’équilibre. 

Dans mon cas, un couple mixte, les différences de cultures sont souvent considérées, à tort, comme des défauts. Il suffit, pour que chacun s’y retrouve, d’adoucir les angles. 
On ne doit surtout pas renier nos racines, nos traditions, surtout pas. Mais on doit faire tout pour que les coins de nos deux mondes arrivent à s’imbriquer, comme un puzzle, chaque pièce avec une autre, pour composer le tableau final. C’est un jeu et un défi quotidien qui vaut, comme je le dis plus haut, son pesant de longues discussions voire parfois de disputes ou de silences. 
Mais le jeu en vaut la chandelle, car, à la fin, l’Amour, les liens qui nous unissent, triomphent sur les incompréhensions et nous valent de leçon de vie et d’ouverture sur le monde qui nous entoure. Cultivons la différence et non l’indifférence, c’est ce que j’ai appris depuis l’école primaire du fin fond de mon village, Montmeyran, la France d’en bas. 
C’était écrit sur une affiche au fond de la classe pour la lutte contre le racisme. C’est chaque jour que je comprends mieux cette phrase, y compris dans mon couple. Ne soyons pas ce que les autres veulent qu’on soit, mais soyons ce que nous voulons être, y compris dans notre couple, car l’Amour c’est aussi le Bonheur, et sans liberté, sans ouverture, sans compromis, le Bonheur n’accompagne plus le couple. C’est ce qui me plaît dans le mien. Même si cela peut nous valoir de nous faire la tête ou de nous fâcher sur une incompréhension, parce que chacun a peur de perdre sa liberté, c’est ce qui nous permet de nous entendre si bien et de toujours nous accorder, à la découverte l’un de l’autre.

J’avais toujours soutenu le contraire. Moi ? Me marier ? Pas besoin du mariage pour prouver qu’on s’aime ! 
Et pourtant, avec lui, toutes ces idées ont évolué. C’est simple, parfois le mariage peut être symboliquement important, culturellement, pour prouver son amour et sa sincérité. 
C’est comme dire, voilà, j’ai décidé, après avoir cherché j’ai choisi, et cette fois je ne changerai pas d’avis, c’est cette personne là et aucune autre. Les autres, car c’est aussi pour eux, leur regard, sont rassurés et mis devant le fait accompli, et nous, nous nous aimons toujours et plus encore. Je sais que c’est un élément extrêmement symbolique ici, au Burkina Faso, et peut être que je suis devenue un peu burkinabè, mais j’y trouve maintenant une valeur que je ne voyais pas auparavant, même si, au final, je me rends compte qu’il l’est aussi en France, à la vue des différentes réactions face à notre annonce auxquelles je ne m’attendais pas.

Ce lien publiquement annoncé est, après être le symbole de l’Amour qui nous unit, le moyen de prouver que nous existons en tant qu’unité, que si l’un a mal, l’autre aussi, que si l’un voyage, l’autre le peut aussi, que si l’un s’éloigne, l’autre le suit. C’est l’assurance que rien ni personne ne pourra aller à l’encontre de nos sentiments pour des raisons politiques, religieuses, économiques, sociales. C’est comme ça et vous devrez faire avec !

L’obstacle à dépasser est aussi celui des préjugés, de part et d’autre, d’une culture comme d’une autre. Je pardonne à ceux qui jugent sans savoir. Si seulement ils savaient à tel point l’amour n’a pas de frontière. Ici, c’est l’appel du gain, de l’argent, la couleur blanche étant chaque fois associée à trois noms communs : richesse, beauté et intelligence… Mais surtout le premier. 
C’est comme si on félicitait mon mari d’avoir réussi à ouvrir cette porte, tout en le regardant avec mépris et jalousie. Dans le même temps, on se complait à nous mettre des bâtons dans les roues pour se faire plaisir face au passé colonial en Afrique et à toutes les politiques contemporaines que pratique mon pays et dont nous subissons quelques maigres conséquences. Mais cette jalousie et cette envie de nous voir désunis, c’est aussi parce qu’ici, le malheur des uns fait le bonheur des autres. C’est toujours plus facile de trouver les chèvres plus grasses chez le voisin. Et c’est amusant de voir un couple, surtout mixte, ne pas fonctionner, car c’est ce qu’on disait dès le début en les voyant main dans la main : « ça ne va pas durer, regarde-les, demain ils se sépareront, il va obéir à sa blanche jusqu’à ce qu’il n’en puisse plus et qu’il se décide enfin à partir ! ».

Dans la culture française, c’est un préjugé différent mais de même nature : la jalousie. C’est un africain, il va la dépouiller, ou bien se servir d’elle pour immigrer en France et ensuite la laisser seule, l’abandonner, peut être après lui avoir laissé un enfant sur les bras, ce n’est pas de l’amour. Elle doit faire attention, la loi est différente en Afrique, elle pourrait se faire avoir.


Pourtant, bon nombre de couples mixtes vivent heureux, nous y compris, et restent ensemble contre vents et marées, sans porter d’intérêt à ce type de discours qui ne les découragent pas, au contraire : je n’en suis que plus convaincue de mon choix ! Je t’aime, Yves, haut de tes 2m, avec tes blagues à faire rire toute une assemblée (et même des occidentaux ! J ), avec ton caractère bien trempé et tes attaches familiales qui peinent à te laisser t’envoler. 

Je t’aime pour toutes tes qualités et tous tes défauts !

Monday, November 24, 2014

Le dimanche à Koumi, c’est le jour du mariage !

Ca y’est ! C’est décidé ! Yves et moi nous marions, contre toute attente !

Maintenant, c’est parti pour les protocoles ! 


Tout d’abord, nous devons informer toute la famille de notre intention de nous marier. Cela a pris plus d’un mois. Puis, après cela, nous passons à l’organisation pratique. 
Notre coach préparatifs à l'ATB
Mon futur mari est issu de l’ethnie Bobo (les Bobos sont originaires de Bobo et ses alentours (d’où le nom de la ville de Bobo-Dioulasso), mais pas du côté « dioula » c’est-à-dire « dioulasso ». 
Il est originaire plus exactement de Koumi, un petit village classé patrimoine de l’Unesco, à une quinzaine de kilomètres de Bobo. Dans leur culture, la femme ne participe pas à l’organisation de la cérémonie. C’est au mari et à sa famille de le faire. Dans mon cas, cela m’arrange plutôt, vu le travail que j’ai ces derniers temps. J 
Yves, quant à lui, se retrouve au beau milieu des préparatifs sans savoir ce qui lui arrive.
Nous avons de la chance, l’aîné de sa famille, Cyril, est quelqu’un de très bien et il est, fort heureusement, présent à Bobo, où devrait se dérouler la cérémonie. Du début à la fin, de notre première rencontre au mariage, il nous a épaulés et conseillés à chaque fois que nous avions une question ou un souci.

A Ouaga, Yves a deux sœurs, Mimi et Dési. Elles aussi se sont investies dans les préparatifs, même si à distance ce n’est pas facile.
Notre rôle a été, tout d’abord, de comprendre ce qui nous attendait. Puis, nous avons choisi une date. Enfin, nous avons fait coudre nos habits de mariage (en basin blanc), et nous avons envoyé de l’argent pour participer aux frais d’organisation. Pour ma part, j’ai aussi dû choisir une « famille de substitution » afin de représenter mes parents lors de la cérémonie (Line, amie et collègue mariée depuis 10 ans à un burkinabé mossi, et Aude, une autre amie prête à se faire respecter au village). Le reste, un grand mystère… Jusqu’au jour J.

Le plus difficile, selon moi, est de se comprendre, dans le couple, lorsque les traditions et la culture entrent en compte. Certaines choses sont totalement abstraites pour moi, et culturellement je pose des questions, qui pour lui, culturellement aussi, ne se doivent pas d’être posées. C’est aussi un moment extrêmement difficile pour le marié, car il a un poids familial extrêmement fort sur les épaules, combiné au poids de tout jeune marié qui est celui de la responsabilité qu’un mariage peut impliquer dans une vie. Ce furent des moments intenses de sentiments, d’amour, mais aussi de frustrations partagées par nous deux, de doutes et de câlins. Un joli méli-mélo pour le cœur ! Mais c’est aussi le moyen de savoir, d’être sûrs que oui, c’est bien le bon ou la bonne, c’est bien ce que je veux pour la vie.

Ici, le mariage traditionnel, qui n’est pas « légalisé par la loi », est aussi important que le mariage civil l’est pour nous, dans notre culture. Au village, même si nous ne sommes pas mariés religieusement ou civilement, nous sommes mariés et répondons des droits et devoirs d’un couple marié.

Enterrement de vie de jeune fille
C’est un mariage traditionnel animiste, donc lié aux croyances Bobo ancestrales et relié à de nombreux secrets enfouis au village ainsi qu’aux ancêtres et aux fétiches. C’est donc, aussi, très protocolaire, afin de respecter les ancêtres et les fétiches du village, sans les offenser d’aucune manière, auquel cas, notre mariage ne serait pas reconnu par le chef du village et toute la communauté. 
La pression pesant sur les épaules de mon futur époux est donc plus qu’importante.

Avant de partir, j'ai même droit à un "enterrement de vie de jeune fille" organisé par mes deux mamans d'adoption, à l'africaine: on mange du poulet à l'ail et des frites au stade municipal et on me donne des gages applicables localement: demande 10 conseils aux personnes alentours pour être une bonne épouse, etc. Un très bon moment! :D

Ca y’est ! Le grand jour approche ! Nous sommes allés, mes belles-sœurs, Yves et Amélie et Julie (deux amies venues de la France juste au bon moment !), chez le couturier pour commander nos habits. Après un choix difficile, nous finissons par nous entendre, et je viens chercher les habits la veille de partir. 
Aïe ! Catastrophe ! J’ai demandé du orange et bleu, et voilà que le couturier a mis du doré … Ici, les artisans prennent chaque fois des libertés. Pas facile ensuite de leur expliquer qu'ils ont fait ... n'importe quoi! :D
Pour nous, comme c’est le mariage, il se remet au travail pour corriger ça toute la nuit durant, afin que cela soit prêt le jour du départ. Ouf ! C’est bon ! Le travail est rattrapé !
Longue attente avant de prendre le bus

Nous partons pour Bobo avec une nouvelle compagnie de bus qui vient d’ouvrir dans notre quartier et qui relie Bobo rapidement et sans encombre. Notre seul problème est que c'est le début des hostilités contre le gouvernement actuel, et que, pour cela, les manifestants coupent l'axe reliant Ouaga à Bobo, seule voie possible entre les deux villes. Nous devions partir à 7h et nous devrons attendre, coincés, 10h pour quitter enfin la ville.

Je ne me plains absolument pas de cette situation, car le peuple est en droit de se faire entendre. Le vent du changement se fait pressentir,  attendons de voir ce que l'avenir proche nous réserve...

Arrivés à Bobo, nous nous rendons en grande famille (c'est comme ca qu'on appelle la cour familiale). Nous sommes accueillis par la famille presque au grand complet: tous les frères et leurs femmes, le papa et la maman. Seules les deux soeurs de Ouaga manquent à l'appel, car elles prendront le bus de Ouaga demain.
Le thé en grande famille
La journée du lendemain, après une bonne nuit de sommeil dans la fraîcheur bobolaise, s'écoule tranquillement, nous laissant le temps de faire le tour de la famille et des proches en respectant le "protocole d'arrivée".

C'est une longue soirée qui nous attend: on boit tout d'abord le thé avec les voisins et les frères sous le hangar devant la maison, autour d'un grand plat de riz gras que nous a cuisiné Nicole, la femme de l'un de ses frères. Amélie et Julie nous rejoignent pour finir en boîte et fêter notre dernière soirée avant d'être liés pour la vie.

Nous finissons les hostilités à 3h du matin. Après avoir évité les masques blancs de la nuit, tenus par des chaînes et errant dans le centre de Bobo, qui sortent rarement mais frappent tous ceux qui les croisent, nous rentrons enfin à la maison...
La Guinguette, Line Gaétan et David

Pas de chance! Une réunion de famille s'est improvisée au salon entre la maman et Mimi, arrivée de Ouaga. Nous nous retrouvons donc impliqués dans les discussions le cerveau en vrac. C'est très amusant de voir Yves, les yeux à moitié fermés, en train de tenter de défendre son opinion entre sommeil et relents de Brakina. :D

Enfin, nous pouvons aller nous coucher ... séparément! La dernière nuit se fera en chambres séparées!

Debout! C'est aujourd'hui que ça se passe! Nous devons être sur place à 15h. Cela nous laisse le temps ... d'aller à la Guinguette! C'est un maquis installé le long de la rivière à 10km environ de Bobo. On peut y boire un coup sous les arbres et se baigner dans la rivière. Parfait! En route voyageurs!

Après une discussion intense avec le chauffeur d'un mini-bus et son patron désagréable qui devaient assurer le trajet jusqu'à la Guinguette et Koumi, nous décidons de nous débrouiller avec nos propres moyens: on fera un aller-retour avec la mercedes prêtée par un des beaux-frères de Yves.
Coiffure à la fourchette made in Line

Super après-midi passée en compagnie de ma "famille" locale venue m'accompagner et me défendre pour le mariage: Line et ses trois enfants, Aude et Nico, Mien et Armel, Amélie et Julie et nous, jeunes mariés. Toute la troupe profite de la baignade, d'un verre et d'un bon riz soumbala à l'ombre avant de démarrer les hostilités.

C’est le moment idéal pour que Line me coiffe pour que personne n’ait à le faire au village, on ne sait jamais ! A vos cuillères ! C’est avec la cuillère du riz soumbala que nous venons d’engloutir qu’elle me fait des tresses … africaines comme on les appelle ! ;) Et le résultat est surprenant : magnifique, juste assez simple et compliqué pour être coiffée sans excès.

Après avoir profité de l’eau et avoir ri tous ensemble, c’est l’heure ! 
L’aîné de Yves vient nous chercher avec sa voiture, ce qui nous permettra de ne pas faire deux aller-retours. Vraiment, c’est une crème ! Le soleil est au zénith malgré les 15h bien tapées. Nous grimpons, rafraîchis, dans les voitures après avoir rempli le coffre de nos affaires. Dans le calme et la bonne humeur, musique sur le poste de la voiture, nous roulons gaiement en direction de Kokoroé où habite l’un des grands-pères de Yves : Tonton Ernest. 
La poussière se lève sur notre passage, le vent souffle tranquillement sur nos serviette humides étendus aux fenêtres et sur les sièges.
La belle-famille et Tonton Ernest

Tonton Ernest nous attend, de bleu vêtu, dans une chaise de tissu, au pied du mur de sa maison, sous un manguier.
Des bancs sont amenés par les villageois, tous heureux de nous accueillir, en file indienne dans les grandes herbes.

Nous nous asseyons en cercle autour d’Ernest qui fait apporter le dolo, ou tiapalo (bière locale) et les calebasses pour nous faire boire en signe de bienvenu. Il parle dans un français parfait et érudit et me fait approcher.
Il est très heureux de faire ma connaissance et celle de ma « famille ».
Il se met alors à nous chanter une chanson en Bobo, adressée aux deux mariés : « Abou (surnom de Yves en famille) m’a dit que c’est elle, il a trouvé celle qu’il voulait et est venu me la présenter. Tous mes vœux de bonheur (…) ».
Les villageois tapent dans les mains et sur les objets qui les entourent et Yves se met à danser avec une des vieilles du village en riant. 

L’ambiance est très bonne. Une assiette pleine de « chitoumou » cuisinés à la façon Bobo fait le tour des invités et des villageois : ce sont des chenilles tachetées de noir et blanc qui sont cuites dans le soumbala et présentées en soupe. 
Yves danse chez Ernest
Je m’aventure à en manger et … c’est bon ! Un petit goût de noisette mélangé au soumbala et c’est plutôt craquant. Tout le monde ne s’y essayera pas ! :D
Tonton Ernest

Après avoir reçu les bénédictions d’Ernest que j’adore déjà, nous remontons en voiture, et après un demi-tour difficile dans les ruelles du village, nous repartons à travers la brousse, cette fois-ci en direction de Koumi, le village familial, qui se trouve à seulement quelques kilomètres de là.

L’arrivée fut fracassante ! Les femmes du village attendent déjà la mariée, et, même si elles ont tout d’abord du mal à me désigner, elles finissent par me trouver et commencent les cris et les chants. Elles m’accompagnent jusque dans la chambre qui nous est réservée. 
Yves est écarté et n’a pas le droit de me suivre. Je suis un peu perdue, d’autant que je ne comprends rien au Bobo. 
Dans la chambre m’attend la maman de Yves qui me rassure tranquillement en me disant « ne t’inquiète pas, nous sommes là. ». C’est ce que font aussi Line et Aude qui viennent s’asseoir près de moi sur le lit en me disant qu’elles ne me quitteront pas.

Arrivée au village
Finalement, les femmes finissent par nous laisser nous poser quelques minutes, et on nous assoit ensuite à l’extérieur sur la terrasse couverte de la maison où sont déjà disposées pas mal de chaises pour l’événement. Les sœurs et belles-sœurs de Yves sont en train de préparer le riz et le tô pour le soir. 

Après quelques instants, nous demandons la permission d’aller nous promener un peu. Accordé !

Nous commençons à nous enfoncer dans le village, en suivant le son d’une musique au loin, tous un peu hagards. Nous apercevons une maison, et ma belle-mère arrive en courant derrière nous. 
Arrivée dans la chambre
Attendez !! Vous n’avez pas le droit de vous promener dans le village sans qu’un membre du village ne précède vos pas ! Elle me présente alors ma « protocole », comme je la surnomme, qui va me précéder durant deux jours et m’accompagner tout le long de la procession. Ouf ! Nous avons évité le pire ! 
Après avoir salué les gens de la cour, nous apercevons, un peu plus loin, assis sous un arbre, le père de Yves et deux autres anciens du village (très bien habillés !). Nous nous approchons et mon beau-père (Albert), me fait approcher et asseoir entre lui et l’un des notables du village qui nous raconte en détails l’histoire du village par rapport au mariage :

A droite, Albert, à gauche l'Instituteur
Depuis toujours, lorsqu’un homme du village marie une femme étrangère, c’est-à-dire n’appartenant pas au village, une cérémonie de « bienvenue » est faite en son honneur pour la remercier de venir grandir le nombre d’habitants. L’homme ayant « enlevé » (on appelle ce type de mariage la …….) la femme dans son village, il doit la présenter à tout le village par une procession dans les rues et en l’introduisant dans chaque foyer.
Les différents chefs doivent ensuite donner leur accord ou non pour cette union. C’est ce qu’il va se passer pour moi.

La maman de Josseline, ma protocole, qui me remet le foulard
Après que l’on nous ait donné la route (les anciens donnent le droit aux plus jeunes de continuer leur route, c’est toujours comme ça dans le pays) et que ma protocole m’ait habillé dans le même pagne qu’elle (« Jésus est ressuscité » … Tout à fait moi ! :D), nous continuons vers la musique qui provient d’un autre mariage que nous nous devons d’aller saluer.

C’est une marée humaine qu’il y a là-bas ! Nous avons dû serrer au moins 100 mains si ce n’est plus (heureusement qu’Ebola n’est pas ici !).

Le papa du marié nous a remis de l’argent en guise de bénédiction, j’ai salué les deux mariés, et la maman de ma protocole m’a couvert la tête avec un foulard que je garderai durant toute la soirée, en signe de bénédiction.

Nous sommes ensuite allés rendre visite, toujours de plus en plus suivis, à une griotte du village. Cette femme est incroyable ! Du moment où nous sommes allés chez elle jusqu’au lendemain matin, elle ne s’arrêtera pas de chanter ni de danser.

L’instituteur à la retraite nous ayant présenté le mariage au village nous a rejoint et nous avons fait, cette fois, le tour du village animiste (la maison construite par mon beau-père est dans la partie catholique), avec toutes les explications de chaque lieu important.

Je suis présentée au chef du village et à ses deux femmes dans leur maison, puis au chef de l’environnement (des terres).
Nous retournons ensuite en direction de la maison, la nuit commençant à tomber. 

Quelle marche ! Nous sommes épuisés, mais cela ne fait que commencer ! 

Une fois à la maison, on nous sert du riz gras (nous sommes regroupés, ma famille, et la famille de Yves ne mange pas avec nous), pendant que nous enchaînons les passages à la douche dans la maison.
Même pas le temps de manger pour Yves (qui peut manger avec nous) et moi, car nous passons notre temps à nous lever pour saluer. 
Je n’arrive plus à compter le nombre de mains serrées et le nombre de bénédictions reçues ! J Ni même tous les noms et les liens de parenté !

Après m’être changée pour porter l’habit que m’avait offert l’aîné de Yves pour l’occasion, nous nous sommes assis côtes à côtes et tout le reste des convives se sont assis à nos côtés en formant un cercle. 
A ma droite, mes amis, puis beaux-frères et belles-sœurs et à ma gauche Yves, puis ses parents et oncles. En face, des gens du village. 
Devant la maison du chef
Au centre, les griots sont arrivés et se sont mis à jouer, accompagnés des danseurs griots portant des bracelets de métal aux pieds, sautant et trottinant au son des tamtams, dgembés et longas (petits tamtams qu’on met sous le bras et qu’on tape avec une baguette en forme de crochet). Takatakatak ! Cling cling ! Takatakatak ! Cling cling

Les danseurs forment un cercle face à nous, et les invités commencent à y entrer.
Le cercle devient grand, et tout le monde, y compris nous, dansons les uns derrière les autres au rythme de cette musique envoûtante. A un moment, on nous amène à manger (il est déjà minuit), et on me dit qu’il faut que je suive ma protocole. Je n’arrive pas à manger. 
On m’emmène, accompagnée de Line, dans une dépendance de la maison, de l’autre côté de la fête. 

Perdue
A l’intérieur, quatre vieilles femmes parlant Bobo m’habillent avec des pagnes en coton et lignes vertes et bleues choisies pour moi par le chef du village. Toute ma vie de couple, ce seront les pagnes que je porterai lors des fêtes et rencontres au village. En plus de m’habiller, on me couvre complètement la tête avec un pagne identique. 

Je ne vois plus rien, j’entends simplement les instruments qui tapent et le bruit des pas de danse des griots. On me fait alors sortir et la musique s’accélère. 

Je tiens fermement la main de ma protocole qui essaie tant bien que mal de m’indiquer l’endroit où je dois poser les pieds.
J’ai chaud là-dessous, mais je ne eux rien dire. Je suis là, seule avec moi-même, sous ce pagne, imaginant ce qu’il se passe autour, en sueur. 

J’ai le ventre noué, heureusement, Line me pose une main chaleureuse sur l’épaule et me glisse à l’oreille « ne t’inquiète pas, je suis derrière, je ne te lâche pas d’une semelle ! ». Je me sens rassurée et me détends un peu. 
Bénédictions
Au bout d’un certain temps, on m’assoit sur une chaise au centre (je pense, puisque je suis toujours couverte) du cercle.
Les musiciens s’arrêtent, puis reprennent, accompagnés cette fois des chants des femmes, qui, j’imagine, entonnent les bénédictions.

Enfin, on ouvre partiellement mon pagne sur la tête, et je peux apercevoir mes amis. Je suis en face d’eux, bel et bien au milieu du cercle.
Les aînés du village me saluent, et, comme depuis le début des festivités, les femmes me bénissent en tournant un foulard au dessus de ma tête plusieurs fois et en répétant des mots incompréhensibles pour moi.
Je réponds seulement « ami, ami, ami, amina ! (amen), ou encore « mba ! mba ! », qui j’imagine sont aussi des remerciements.

Ma protocole est en or, elle parle parfaitement français et m’explique tout ce que je ne comprends pas sans même que j’aie à  poser la question. Elle a aussi beaucoup d’humour et de caractère, ce qui me convient très bien dans ces moments !

Un moment après, on me lève pour me déplacer et me mettre, cette fois, dos à mes amis, face au reste du village et aux danseurs et musiciens. Les chants continuent, entonnés par les femmes et les griots. On m’enlève enfin le pagne recouvrant ma tête et je peux respirer. Cette cérémonie durera toute la nuit, jusqu’au lever du jour. C’est incroyable l’endurance et l’agilité des danseurs mais aussi de la griotte et des vieilles du village qui ne s’arrêteront pas de danser jusqu’au petit jour sans  flancher. Il faut dire que le dolo est un bon carburant ! J

J’ai réussi à veiller, ainsi qu’Yves, jusqu’à 4h 30 du matin, heure à laquelle on nous oblige à aller nous allonger un peu, chacun dans ue chambre séparée. Moi, ce sera avec ma « famille »… 
... Mais pour peu de temps ! 1h de sommeil, et on me réveille : c’est reparti, dépêche-toi ! 
Il faut t’apprêter ! On repart pour le village (animiste), pour la tournée des maisons. Aïe ! 

Bénédictions dans la grande famille animiste
Cette fois, c’est mon habit blanc, en basin brodé, que je sors, avec, par-dessus, les pagnes traditionnels choisis par le chef. 
On me couvre la tête (je vois un peu cette fois), et au moment de sortir de la maison, on me remet un bâton et un panier que je dois placer sur ma tête. Je me retourne, angoissée, vers ma protocole : « je vais devoir porter ce panier jusqu’au village ?? », elle me répond en souriant « ne t’inquiète pas, on va te l’enlever avant. ». 
Ouf ! J’ai eu peur ! Arrivés à l’orée des champs de canne à sucre et de mil, la maman de Yves et ma protocole m’enlèvent le panier, me laissant seulement la canne qui m’aidera, d’ailleurs, à tenir droite sur mes jambes dans les ruelles en pente et escarpées du village. 
C’est parti pour une longue marche, fatigués par la nuit que nous venons de passer, mais poussés par la foule.
Mes « chaisiers », comme je les appelle, courent devant. Ils portent ma chaise et celle de ma protocole et doivent toujours nous précéder dans chacune des maisons des notables dans lesquelles nous allons nous rendre. 
C’est un manège très drôle, ils sont parfois (ou elles), obligés de grimper sur les toits ou de courir dans des ruelles parallèles pour nous passer devant. Pas facile comme rôle !

Ma protocole, toujours à mes côtés et me donnant la main, me guide dans les méandres du village. 
Je ne sais même plus d’où nous venons et où nous allons. 

Petit rhabillage entre deux maisons
Le rituel est à suivre strictement : on salue les femmes devant la porte, on entre, on m’assoit (je n’ai pas le droit de le faire toute seule), puis on me fait les bénédictions en tournant un tissu au-dessus de ma tête pour les femmes et en tournant la main ou la canne pour les hommes. 

Après cela, le notable de la maison s’adresse à moi, ou à ma protocole, qui me traduit ensuite et m’explique ce que je dois répondre « mba ! mba ! ami, ami, ami, amina ». 

Ensuite, pour finir, le notable me remet dans la main droite, en prenant soin de ne pas même effleurer mon bâton, des coris (coquillages en forme de goutte qui servaient autrefois de monnaie d’échange), et des pièces de monnaie. 

Je dois ensuite les remettre dans la main droite de ma protocole qui les glisse dans un petit sac en toile qu’elle conservera pour moi par la suite.

Enfin, on se lève et on enchaîne avec les maisons suivantes : le chef du village, la cheftaine, le chef de l’environnement, le chef de la justice, le chef des griots, le chef des forgerons, le gardien des fétiches, celui des masques, la grande famille Sanou, le chef de la pluie et des récoltes, etc. 

De maison en maison, nous voilà rêveuses
A la fin, ni moi, ni mes amis qui me suivent ne savent ce qui nous arrive. 
Les pieds nous font mal, je transpire abondamment sous mon pagne traditionnel, on est ballottés de maison en maison, encore des mains encore des mains encore des mains qui veulent nous saluer. 
Tout cela, au son des percussions des griots, des danseurs et leurs bracelets et des chants des femmes qui ne se sont pas arrêtés depuis hier.


Les danseurs le matin
Une longue procession suit mes pas et ceux de ma protocole, mais, la tête enfouie sous le pagne et les pensées vagabondes, je ne le sais même pas. Je tente de me souvenir de tout, de respecter chaque geste méticuleusement, de serrer chaque main, et, seule sous cet habit, je pense au chemin parcouru jusque-là, aux liens qui m’unissent à Yves, à ce que cela engendrera dans nos vies. 
C’est étrange, mais malgré le monde, je suis seule...

Chez le chef du village
Ca y’est ! Nous avons atteint la dernière maison ! Maintenant, c’est le retour à la maison familiale, pour ensuite repartir en direction de Bobo et prendre notre bus avant midi, car les mouvements sociaux qui doucement soulèvent le pays commencent à faire rage, et les routes sont bloquées matin et soir. L’appel à la désobéissance civile faite par l’opposition et les représentants de la société civile est pour demain. Il nous faut donc vite rentrer à Ouaga.

Avant de partir on m’explique la valeur de mon bâton : un homme ne peut s’en approcher, le toucher ou l’enjamber, sous peine d’avoir quelques problèmes à … se reproduire ! J 
C’est un bâton que peu de femmes au village ont, mais que l’on me remet car Yves est le gardien des masques et le cadet de la famille. C’est une grande responsabilité. Le bâton est déposé dans un coin de la maison familiale et ne bougera plus tant que je ne le bougerai pas moi-même… Même après 100 ans !

Photo de mariage (la seule où nous sommes 2!)
La fratrie Sanou a été incroyable tout au long de la cérémonie : 
Cyril n’a pas fermé l’œil de la nuit pour que tout se passe bien.

Jean-Paul a été a côté de moi toute la matinée, filmant chacun de mes pas et surveillant chaque geste des villageois.

Amédé n’est lui aussi pas très loin et fait la chasse à quiconque voudrait mettre un nuage noir au-dessus de notre union et de la fête.

Ernest et Albert ont orchestré soigneusement chaque moment, évitant toutes sortes de problèmes, spirituels ou autres, et nous permettant de ne pas avoir un seul souci en tête. 
La maman et les sœurs et belles-sœurs, quant à elles, ont surveillé de loin et ont géré toute la nourriture et les boissons.

Je leur en suis reconnaissante et espère pouvoir leur prouver cela.

Cette expérience a été intense, spirituelle, sociale, et m’a permis de comprendre certains aspects culturels nécessaires à ma vie de couple.

Monday, November 17, 2014

Arrivée à Lomé !

Nous voilà enfin à Lomé !  

Nous avons pu nous reposer, et nous avons ensuite commencé les visites, tout d’abord familiales : les frères et sœurs de John, dans un autre quartier que le sien, mais aussi les lieux importants de la ville.
C’est étrange, il y a vraiment une nette différence entre Lomé et Ouagadougou.

La terre, ici, est grise et noire, et elle est beaucoup plus sableuse. Comme lorsque l’on s’approche de l’eau sur la plage. Et cela colle aux pieds. L’air est beaucoup plus frai et chargé d’humidité. On ne sent pas cette sécheresse dans la gorge comme au Burkina central.

Pour nous rendre en ville, nous avons traversé le campus universitaire. C’est immense ! Les bâtiments se dressent au milieu d’une verdure débordante et contrastent par leur degré reculé d’entretien avec les arbres qui s’élèvent au-dessus des toits.
C’est comme si l’on se promenait à travers champs et que de temps en temps un immeuble bordé de bancs sur lesquels discutent des étudiants apparaissaient. C’est calme et très sauvage et cela fait du bien après le vacarme et la poussière ouagalais.

Nous traversons le centre-ville, passons devant le carrefour de la colombe de la Paix, et nous rendons à Atikoumé pour finir chez sa grande sœur à Ggbonsimé, un quartier populaire doux et calme. Sa grande sœur est un petit bout de femme plein d’énergie. Elle est souriante et entreprenante. Quel dynamisme ! Ca fait plaisir à voir. Elle tient un petit maquis-resto en face de chez elle. Nous sortons une table et des chaises en plastique pour siroter une bière togolaise (la Pils), similaire à la Brakina burkinabè. Il fait bon vivre dans ces moments. Sa fille, âgée de maximum 2 ans nous grimpe sur les genoux et nous montre ses plus beaux sourires.
Ata, le meilleur ami de John, nous rejoint peu de temps après pour partager une autre Pils ensembles.

Nous allons ensuite nous balader dans le quartier avant de rejoindre le quartier pour finir la soirée tranquillement autour d’un bon repas à la maison.
Le soleil tombe et fait rougeoyer la rue qui se transforme en rêve. Du haut de son immeuble, nous sirotons une bière en regardant le monde se coucher. Il est temps d’aller au lit.

Debout ! Me voilà partie pour rencontrer le directeur du Centre Culturel Mytronunya dans le quartier franciscain vers la route nationale numéro 2. John emprunte la moto d’un pote et me dépose devant un portail coloré. A l’intérieur, une large cour, une scène et même un hangar pour s’abriter. C’est le jour des paniers de l’AMAP locale. Des habitants, blancs ou noirs, viennent acheter leurs fruits et légumes en ribambelle. ……….. est un homme simple, marié à une togolaise, qui tente depuis de nombreuses années de développer la culture au travers des activités que le centre propose.
Il est très intéressant, même si je tombe mal et qu’il a beaucoup de choses à faire aujourd’hui. Je suis venue par rapport à mon projet bibliothèque (Koorongo.com), car il a monté une petite bibliothèque dans sa structure. Il me donne de nombreux conseils pratiques qui me seront indispensables pour l’organisation lorsque la bibliothèque ouvrira ses portes (retour des livres, inscription des jeunes, suivi, organisation des livres dans la bibliothèque, etc.). Un petit pas pour l’homme, mais un grand pas pour l’humanité ! ;-) j’ai bien avancé dans ma tête grâce à tous ses conseils.
Après cela, inquiet de me voir reprendre la moto-taxi pour des raisons de sécurité, il décide de me déposer pour que je prenne un « vrai » taxi (une voiture quoi !) pour rejoindre John chez sa sœur.
Bon, il ne faut pas trop se faire languir, non plus ! Le jour suivant, à la plage !!! Difficile de motiver John qui préfèrerait dormir ou somnoler jusqu’à midi à la maison.
C’est magnifique ! Parce que je n’ai pas vu la mer depuis longtemps, certes, mais aussi parce que le spectacle qui s’offre à nos yeux est vraiment beau. Une longue bande de plage qui perd notre regard au loin, au creux d’un virage où l’on aperçoit le port de marchandises. De l’autre côté, impossible de distinguer le bout.

Face à nous, le ciel tombe en se mélangeant au bleu de la mer, et, si l’on plisse un peu les yeux, on aperçoit la silhouette sombre, fantomatique, des navires transportant des centaines de containers en provenance ou en partance d’un autre bout du monde.
En s’approchant du bord, une avancée sur la mer en bois s’effrite, près d’une barque qui sèche sa coque au soleil. « Qu’est-ce que c’est ? » je demande à John. « Les restes de la colonisation… ». « C’est ici que nos ancêtres étaient alignés pour embarquer sur des bateaux en direction de l’Amérique ou de l’Europe. On les conserve pour ne pas oublier leurs souffrances. »

C’est impressionnant, la hauteur, surtout la hauteur. En me hissant sur une des planches qui tient encore le coup, j’ai le vertige. Les vagues qui s’écrasent sous nos pieds, le vacarme que cela fait résonner aux oreilles, l’air qui s’engouffre entre les planches abîmées et qui passent par en bas pour nous rappeler les leçons du lycée sur la gravité. Un vieux est assis au bout de l’embarcadère. Il regarde au loin, la ligne d’horizon. Il n’a pas peur, je me dis, perchée à seulement un mètre du bord. John me propose d’avancer, mais je refuse son offre poliment (hihihihi !).

Après avoir trempé nos pieds dans l’eau au pied de ce morceau d’histoire lourd de souvenirs et pris quelques photos, nous retournons à nos pénates avant d’aller boire un verre en soirée.

Le lendemain, nous avons rendez-vous avec une autre de ses sœurs qui habite dans un autre quartier. C’est le soir, nous partons chacun derrière une moto-taxi… Et voilà que le conducteur, pris d’un élan de confiance en soi, décide de doubler la moto de John, et de foncer dans une direction qui n’a pas l’air d’être la bonne.
Je prends soin de lui expliquer que mis à part le quartier et même le six mètre duquel nous venons, je ne connais pas la ville, donc qu’il ferait mieux de suivre. « Je sais de quel endroit il voulait parler ! Ne t’inquiète pas ! ». Arrivés à « l’endroit », bien sûr, personne ! On attend encore et encore. Je lui répète qu’il aurait dû le suivre, et il commence à perdre patience.
Sans téléphone (pour éviter le vol, j’ai remis mon sac à John), je n’ai qu’une seule solution : remonter sur la moto jusqu’à notre point de départ, pour retrouver l’autre conducteur de moto, pour qu’il m’emmène vers chez John, et dans le cas contraire, que je puisse rentrer à la maison pour l’attendre.

De toutes manières, je ne peux pas payer … C’est dans mon sac ! Nous voilà repartis en sens inverse, avec le conducteur qui continue à pester.
Ouf ! L’autre conducteur est là ! Et attention la branlée verbale qu’il met à son collègue ! Je ne comprends rien, mais la gestuelle est assez explicite ! Il me fait asseoir derrière lui et fonce à l’endroit où il a déposé John.
Lorsque nous atteignons le point de rendez-vous, le visage de John et de sa sœur, tous deux au bord du goudron, se détend. Il souffle un grand coup à ma descente, et discute en mina (la langue locale) avec le chauffeur pour comprendre.

Une fois les esprits calmés, nous payons le gars pour ses deux aller-retours et nous pouvons enfin profiter de la soirée en compagnie de sa famille. Il m’avouera plus tard qu’il commençait à paniquer et qu’il s’imaginait toutes les situations et sa responsabilité. A partir de ce soir-là, il se méfiera de tout le monde et vérifiera tous les conducteurs avant de démarrer.

Avant de repartir vers Ouaga, je profite une dernière fois de la plage, nous marchons le long du rivage sur plusieurs kilomètres et je tente de respirer le plus d’air marin possible pour en profiter plusieurs mois à mon retour.

Le soir, nous allons chez Ata, qui a été là pour moi tout le long de mon séjour, dès que John ne pouvait être présent. Ils ont vraiment été super ! Sa chambre est sur le toit de la maison familiale (en fait, c’est en construction, bientôt ce sera une maison à étage).
La seule lumière est une lumière bleu, qui rend tout irréel. Assis là, nous grignotons des biscuits que sa mère a confectionnés et qu’elle vend dans leur boutique devant la maison en causant de ce voyage et de la beauté de ces rencontres. Après cela, nous allons dans un petit resto du quartier, dans lequel nous partageons une bière et un plat de spaghettis (ils sont meilleurs ici !!).
C’est l’heure des au-revoir pour Ata. Un moment triste mais heureux : nos chemins se sont croisés !

C’est ensuite la lonnnnngue attente pour mon bus TCV (oui, j’ai changé de compagnie après avoir fait scandale à la Rakieta de Lomé pour avoir le remboursement de la moitié de nos tickets… Qu’on a fini par obtenir !).

Nous avons fait tous les maquis possibles, du maquis pour les blancs et sa musique reggae, au maquis moins cher pour finir la nuit sans s’endormir. Enfin, je monte dans le bus à 4h du matin. Au revoir Lomé, au revoir John ! On se reverra, c’est sûr ! Merci pour cet intermède paisible avant de reprendre le travail et retrouver ma maison … et les soucis qui vont avec ! Je suis fatiguée, mais reposée dans la tête. Exactement ce que je voulais ! Encore un moment triste, mais plein d’espoirs pour l’avenir, sûrs de se recroiser !

Le trajet retour s’est fait sans encombre. Tellement, que nous n’avons même pas eu 5 minutes pour manger durant tout le trajet, afin de passer la frontière avant sa fermeture (pari réussi !). Le passage à la frontière fut un peu compliqué (étant la seule ressortissante d’aucun des deux pays, il me fallait un tampon de plus que les autres, ce qui m’a valu de traverser en vitesse la frontière dans le sens inverse pour obtenir le tampon me permettant de passer le contrôle burkinabé). On a failli ne pas m’attendre, tout le bus stationné pour moi toute seule du côté burkinabé et les douaniers attendant mon retour. Heureusement que les employés me trouvaient sympa, sinon je finissais à pieds ! :D

Nous sommes arrivés à la gare à 23h30,
Juste le temps de rentrer me coucher et de me reposer convenablement avant de reprendre le travail sur les chapeaux de roue. Mais ce fut nécessaire !

Encore merci à vous, togolais, et à très bientôt !



Thursday, October 23, 2014

En route pour Lomé, Togo ... Un voyage haut en couleurs!

Départ pour le Togo, vroum !

Me voilà décidée, au dernier moment, trois jours avant le départ, je décide de faire mon visa et de partir à Lomé pour une semaine et demie.
John, un slameur invité sur le festival auquel je participe avec mes élèves est de là-bas et repart lui aussi en direction de chez lui. C’est l’occasion de ne pas voyager seule !

Ouf ! Le visa est fait en deux jours, et je me dépêche d’aller acheter mes billets à la Rakieta (une des compagnies de bus effectuant les trajets Ouaga <> Lomé). 
C’est parti !!! Je fais mon sac à la va-vite, et nous voilà dans le bus à 5h du matin pour un trajet long de 24h.

Le début du trajet se passe bien, même si nous passons 2h coincés à la gare de l’échangeur de l’est à Ouaga… Personne ne sait pourquoi…
Les paysages évoluent en direction de la frontière. Le jaune et le rouge virent au vert, de plus en plus touffu.

Arrivés à la frontière, même pas le temps de payer à manger. Nous tentons le coup, et le bus démarre sans nous. Quelle course ! Heureusement, nos voisins de sièges se sont rendu compte de notre absence et le bus s’arrête dans un dérapage de poussière. Merci !

Après la frontière, nous reprenons la route. Les coupeurs de route sont très fréquents sur cette voie, et il faut éviter de traverser les montagnes la nuit. Arrivés à Mango, petite ville-village près de la frontière, nous nous arrêtons. Il est 14h. 
Lorsqu’on descend, des vendeuses s’approchent de nous, des bassines en métal sur la tête remplies de blocs rouges. 
Qu’est-ce que c’est ? Du fromage ! Miam ! Nous ne nous faisons pas prier avec John pour en payer. Il investit aussi dans des pattes de chèvre (tu achètes seulement les pattes, et tu emmènes ca dans un sac plastique !).

Puis l’attente commence… 15h … 16h… 17h… Le chauffeur et son convoyeur commencent à nous dire qu’il y a un problème dans le moteur et qu’on ne peut pas monter la montagne… Ils essaient de réparer avec les mécanos du village … 18h… 19h… Toujours coincés et la nuit tombe. 
Ils nous disent qu’un bus est en route … de Ouaga ! :-O 20h… Le convoyeur s’enfuit, nous laissant seuls avec le chauffeur. Les esprits s’échauffent. Les voyageurs commencent à s’en prendre à lui. Trop de questions sans réponses. Le chauffeur perd les pédales. Il commence même à nous insulter avant de se calmer à nouveau. 
Certains montent dans des taxis brousse qui passent près de nous. Mais c’est dangereux, les coupeurs de route sont maintenant dans les montagnes, et il vaut mieux éviter de se retrouver dans leurs filets. Quelques jours auparavant, c’est un bus de la Rakieta, justement, qui a été pris pour cible sur la même route à quelques kms de là. Certains s’en sont tiré, mais d’autres, n’ayant rien à leur donner, ont été tués sommairement. Ne prenons pas ce risque. 
Il faut donc se décider à dormir dans le bus en fermant les portes à clefs, et en surveillant les alentours à tour de rôle. Minuit… 1h… 2h… 3h… 4h… 5h… 5h30. 
Le deuxième bus n’est toujours pas là. Je propose à John une autre solution. Faire du stop camions, et tenter de prendre la route par nos propres moyens.

C’est parti ! Les autres nous regardent en souriant, pensant que c’est impossible. En une minute, j’ai levé le pouce et un camion s’est arrêté : après négociations, nous voilà assis derrière le chauffeur et son apprenti sur la banquette, direction Lomé !

Le camion, une aventure humaine. 
Notre périple a été bercé par un nombre d’arrêts incalculables : charger du bois (un semi-remorque entier), charger des sacs de charbon, décharger quelques sacs, charger du coton, charger des ignames (nous aussi on en prend !), faire une pause en mangeant des mangues au bord de la route, décharger à nouveau quelques sacs pour en recharger d’autres. Et de nombreux passagers se sont assis à nos côtés: une vielle dame, une jeune femme et son fils de moins d'un an, des hommes, plusieurs, une petite fille, etc.

C’est le soir vers 22h que nous arrivons enfin à Lomé. La ville est presque endormie. 
Ici, ce ne sont pas des taxis voiture qui sont le plus fréquents, mais des motos, qui prennent des passagers. 
Nous montons chacun derrière quelqu’un et nous enfonçons dans les ruelles de la ville pour se retrouver enfin devant la maison de John, située dans le quartier Agbalépédo. Son appartement est niché tout en haut d’une maison de trois étages, sur une grande terrasse qu’il partage avec une voisine et ses enfants. 
Après un bon repas (de la pâte de maïs préparée par la voisine), nous nous couchons enfin pour une bonne nuit de sommeil bien méritée ! J